Asli Kaya : « Je n’oublierai jamais mes 10 mois passés chez Humanium »

Lors de l’Assemblée Générale de Humanium, j’ai affirmé à quel point mon expérience auprès de cette Association était importante à mes yeux. Je savais que j’allais être triste d’arriver à la fin de ma mission. Cependant, je suis également contente de savoir que d’autres prendront le relais et vivront ce challenge à leur tour.

 width=Humanium, c’est une équipe formidable au sein de laquelle diverses tâches sont exécutées : gestion de projets en faveur des enfants, recherches sur leurs conditions de vie, rédaction d’articles thématiques, gestion des réseaux sociaux, coordination des activités bénévoles, réception et traitement de demandes individuelles d’aide et d’information, actualisation de fiches-pays, etc. Une multitude d’activités intéressantes et excitantes !

Je n’oublierai jamais mes dix mois passés chez Humanium et je remercie toute l’équipe ainsi qu’Olivier Soret, le Fondateur, qui m’a fait confiance et m’a offert cette opportunité.

Publié dans Non classé | Commentaires fermés

Les enfants talibés

Talibé boy begging in Dakar ©Ann Birch/World Vision

Talibé boy begging in Dakar ©Ann Birch/World Vision

Qui sont-ils ?

Ils sont pour la plupart originaires de Mauritanie, du Niger, de Gambie, du Sénégal, du Mali et de Guinée. Ce sont des enfants, en majorité des garçons, qui sont confiés dès leur plus jeune âge à un maître coranique par leurs parents. Ce maître est communément appelé « un marabout ».

Le marabout leur enseigne l’islam au sein d’une école coranique qu’il dirige. Si les enfants habitent loin de l’école, alors celle-ci se transforme en lieu de vie pour les jeunes talibés.

La gratuité a un prix
Il existe plusieurs types d’écoles coraniques. Selon une étude de l’Unicef, au sein des madāris, c’est un islam moderne qui est enseigné et les matières sont tirées des écoles publiques, tandis que dans les daraas, l’étude du Coran se fait à travers une discipline stricte et l’islam traditionnel. Si dans les premières, il y a des frais de scolarité, dans les daraas, l’enseignement est gratuit. Cependant, la gratuité a un prix : les enfants doivent rendre divers services à leur maître coranique et parfois faire l’aumône pour rapporter un peu d’argent à ce dernier. Cette pratique est souvent associée à du travail forcé.

Devenir talibé, le choix des parents
Les raisons pour lesquelles un enfant devient talibé sont multiples. Selon l’Unicef, si la pauvreté peut pousser certaines familles à confier leur enfant à un marabout afin d’avoir une bouche de moins à nourrir, dans d’autres cas, c’est le dévouement religieux des parents qui influence leur choix.

La proximité ou l’éloignement des infrastructures scolaires joue également un rôle déterminant : dans certains villages, les écoles publiques sont inexistantes. Les parents ont alors le choix d’envoyer leur enfant à l’école publique dans une autre ville, souvent éloignée, ou de les placer dans l’école coranique du village. En outre, le marabout, s’il a bonne réputation, peut promettre à ses disciples un avenir radieux, qui dépasserait de loin celui dont ils pourraient prétendre en fréquentant une école publique.

Pourtant, selon diverses organisations non gouvernementales, la démarche des marabouts est parfois contraire aux droits de l’enfant : du travail forcé aux conditions de vie précaires dans certaines écoles coraniques, les enfants seraient confrontés à de multiples violations de leurs droits.

Sources
Publié dans Droits Humains, Education, Non classé | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés

Espagne: La crise oblige les cantines scolaires à ouvrir l’été

Les associations bénévoles et les collectivités locales cherchent à assurer un repas complet aux enfants des familles les plus démunies.

Jasmine, Marie Carmen et Carlos Alberto n’auront pas de vacances. Comme des milliers d’enfants, les enfants d’immigrés et Espagnols, continueront d’aller à l’école pendant l’été afin de participer à des activités parascolaires. Il s’agit bien entendu d’un prétexte afin d’éviter qu’ils ne se sentent discriminés. En effet, la triste réalité qu’on essaie de cacher aux plus petits, est que cela est l’unique façon de leur garantir un repas complet et équilibré par jour, comme celui fournit par les cantines scolaires tout au long de l’hiver.

Ce n’est pas nouveau. Depuis deux étés, tandis que la crise sévissait chez les familles les plus démunies, les groupes de quartiers, les bénévoles et les municipalités ont commencé à signaler les risques qu’encourraient les enfants s’ils ne maintenaient pas un repas équilibré pendant la fermeture des écoles en juillet et août. Il a fallut attendre 2014, l’officialisation du problème en Espagne et l’intervention de l’ombudsman, pour que le gouvernement ne mette sur table ce que les organisations de toutes sortes et les administrations locales ou régionales demandaient. Dans un contexte de coupures dans l’enseignement, la santé et le bien-être social, tandis que le gouvernement vient à la rescousse des banques, la population n’a plus personne pour la sauver. En effet, même en hiver, les bourses de restauration, permettant aux enfants de familles les moins aisées de bénéficier d’un repas complet et équilibré au moins une fois par jour, ont diminué. Les enseignants ont depuis longtemps mis en garde des conséquences d’évanouissement en classe des enfants venant à l’école sans déjeuner. Ces parents, sans emploi, voyant leur aide sociale diminuer, peinent à assumer les coûts du logement de base.

Certaines communautés autonomes comme l’Andalousie, les Canaries, la Catalogne, l’Aragon et les Baléares, ont annoncé qu’elles ouvriront la porte des collèges afin de nourrir les enfants durant la période estivale; alors que le Pays basque, la Communauté valencienne, la Murcie, la Navarre, La Rioja, la Galice, Madrid, la Castille et Léon, et la Cantabrie, ne suivront pas la dite formule. Certaines de ces communautés ont souhaité trouver un compromis en utilisant les écoles d’été comme lieu de distribution de repas. D’autres ont donné aux municipalités la possibilité d’ouvrir les collèges afin de nourrir les enfants durant l’été « s’il le juge nécessaire ». Dans le fond, sous-tend toujours le dilemme de savoir qui paie: le gouvernement central, l’autonome / le régional ou le local.

Selon le dernier rapport d’UNICEF sur les enfants en Espagne, 2.306.000 enfants (27% de la population infantile) vivent en dessous du seuil de pauvreté en Espagne, et les mineurs effectuent souvent le principal repas de la journée à la cantine de l’école.

Si nous analysons ces données par communautés autonomes, la Navarre et le Pays basque n’ont pas jugé nécessaire d’ouvrir des cantines scolaires d’été et n’ont pas non plus reçu de demandes émanant de leurs municipalités. Par ailleurs, il faut souligner que ces régions sont les plus riches d’Espagne. En revanche, la Galice refuse de les ouvrir car elle estime que cela pourrait « générer une visibilité excessive » de ces cas et une « discrimination » des bénéficiaires, le même argument affirmé par La Rioja, qui parie sur des mesures « plus discrètes », étant donné que, selon son Président, le problème « n’est pas si grave » dans la région.

cantine

La position de la Communauté valencienne est similaire. En effet, le Conseil a déclaré que la malnutrition devait être affrontée par « l’assistance à l’ensemble de la famille », ajoutant que cela « nécessite un travail beaucoup plus ambitieux ». Selon l’annonce du gouvernement valencien, 1,2 millions d’euros seront alloués aux organismes et municipalités pour répondre à ce problème en été. En Castille et Léon non plus, aucune cantine n’a été ouverte dans les centres scolaires puisque l’exécutif du parti populaire dispose déjà d’un modèle « complet et efficace » pour garantir une alimentation dans le domaine familial, qui coordonne 23 programmes à plus de 100.000 bénéficiaires. A Madrid, les cantines ouvertes ne dépendent pas de décisions du gouvernement régional, qui n’est pas favorable à cette mesure et dont le président dénie le « problème de malnutrition infantile. » Cependant, Madrid a offert un soutien aux conseils ayant décidé de le faire, comme en Castille-la Manche, où il collabore avec les municipalités ayant habilité les cantines. Tandis que la Cantabrie n’a adopté aucune position officielle, aussi, comme aux îles Baléares et Asturies, la population infantile demeure au détriment d’initiatives populaires ou locales.

En revanche, le gouvernement d’Aragon a, quant à lui, ouvert des cantines, « mais bien moins » que toutes celles de la région. Il a appliqué comme critère le nombre de bourses alimentaires accordées à chaque centre la durée des cours. La Catalogne a permis pour la première fois, aux centres éducatifs d’ouvrir six heures par jour, du lundi au vendredi, pour mener des activités ludiques et éducatives, et fournir également deux repas aux jeunes. Selon le gouvernement catalan, plus de 2 000 enfants de moins de 17 ans ont bénéficié de cette initiative. De même, les Canaries suivent la même lignée avec une initiative singulière constituée d’ateliers d’immersion linguistique dans les collèges et un service de restauration pour les enfants d’immigrés. 174 centres offrent cette activité estivale, contre les 132 de l’an dernier. En Andalousie le gouvernement socialiste répète aussi l’expérience, comme il l’avait fait l’été dernier pour la première fois. Dans la région de Murcie, les cantines scolaires sont mises à disposition, durant la période de Noël et au cours de la Semaine Sainte, des services sociaux des conseils municipaux et autres entités à but non lucratif spécialisées en soins aux personnes défavorisées, et restent ouvertes en fonction de la demande. Pour sa part, l’Estrémadure a déjà ouvert des réfectoires l’an dernier, et affirme qu’il le fera « chaque fois que cela sera nécessaire », bien qu’il ait opté en parallèle pour des camps d’été avec des activités ludiques et de loisirs, ainsi que des ateliers alimentaires pour les enfants à faible revenu leur permettant ainsi de prendre un repas constitué de produits frais et sains.

Au plus fort de l’été, de nombreux « terrains de jeux » se sont ouverts avec le double objectif de nourrir la population infantile la plus vulnérable de ce pays. Et ce, à une époque où la fonction sociale de l’État est substituée par la mobilisation populaire, les groupes de bénévoles et les associations de quartier. Ce mouvement contre l’Etat né des rues a une double direction, aider ceux au plus bas, ainsi que son voisin dans le besoin. Comme lors de la guerre civile, lorsque les Espagnols comprirent le sens du mot “solidarité”.

Ecrit par : Regina Laguna
Traduit par: Alice Sellers
Relu par : Pauline Consigny
Publié dans Droits Humains | Commentaires fermés