Concrétiser les droits de l’enfant en Croatie


La Croatie a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant en octobre 1991, puis a adopté des mesures significatives pour aligner ses politiques nationales sur les normes internationales. Depuis son indépendance au début des années 1990, des progrès ont été réalisés dans des domaines tels que l’éducation, les soins de santé et la protection juridique des enfants. Toutefois, la maltraitance, la pauvreté, le travail des enfants et la discrimination existent toujours. Malgré un cadre juridique robuste, des insuffisances dans sa mise en œuvre ainsi que certaines normes sociales continuent d’entraver la pleine réalisation des droits des enfants à l’échelle nationale
Population: 3,8 millions d’habitants
Pop. ages 0-14: 14%
Life expectancy: 77,5 ans
Under-5 mortality rate: 4,6 ‰
La Croatie en bref
La République de Croatie (Republika Hrvatska) est un pays d’Europe du Sud-Est situé au carrefour de l’Europe centrale, des Balkans et de la mer Adriatique. Elle partage des frontières terrestres avec la Slovénie, la Hongrie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro. La capitale de la Croatie est Zagreb, et le pays compte environ 3,86 millions d’habitants (Bracewell et al., 2025).
Après avoir déclaré son indépendance de la République Fédérale Socialiste de Yougoslavie en 1991, la Croatie a connu une période de conflit armé et de transition politique majeure. Depuis lors, le pays a réalisé des progrès considérables en matière de consolidation démocratique, adhérant à l’Union Européenne en 2013 et à l’Espace Schengen en 2023 (Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie des Nations Unies, s.d.).
Sur le plan économique, le PIB par habitant s’élève à 28 700 euros, en-dessous de la moyenne de l’UE (37 600 euros), et représente 0,4 % du PIB total de l’UE. Néanmoins, le pays a bénéficié de financements de l’UE au travers d’investissements dans les infrastructures, les services numériques et l’éducation, soutenant ainsi les objectifs de développement nationaux et permettant à la Croatie de s’aligner sur les priorités de l’UE (Union européenne, s.d.).
Situation des droits de l’enfant [1]

La Croatie a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CIDE) le 8 octobre 1991, s’engageant ainsi à mettre en œuvre l’ensemble des droits de l’enfant (Society Our Children, 2019). Depuis lors, elle a adopté d’autres traités internationaux importants, notamment le Protocole facultatif concernant la vente d’enfants et le Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés (UNHR, s.d.).
En 2024, la Croatie faisait partie des 52 États ayant ratifié le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant sur la procédure de communication (OPIC). Entré en vigueur en 2014, ce protocole permet aux enfants de porter plainte auprès des Nations Unies si leurs droits en vertu de la Convention sont bafoués et ne peuvent être traités de manière adéquate au niveau national (OPIC, 2022).
De plus, en 2003, la Croatie a mis en place le Médiateur de l’enfant – la première institution spécialisée de ce type dans le pays – chargé de protéger et de surveiller les droits des enfants conformément à la Convention des Nations Unies et à la législation nationale. Cet organisme indépendant peut agir sur plainte ou de sa propre initiative pour lutter contre les violations des droits des enfants et plaider en faveur d’améliorations systémiques (Pravobranitelj za djecu, 2018).
Les lois nationales croates sont conformes aux normes internationales relatives aux droits de l’enfant, mais le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies constate des lacunes dans leur mise en œuvre. Tout en reconnaissant les progrès accomplis, le Comité a noté une mauvaise coordination entre les institutions, la faiblesse des systèmes de suivi et des préoccupations concernant les enfants issus de minorités, le harcèlement institutionnel et l’incohérence des normes de prise en charge (Université du Minnesota, 2004).
Répondre aux besoins des enfants
Droit à l’éducation
La Constitution croate garantit l’égalité d’accès à l’éducation, quelle que soit la situation financière des familles. L’enseignement primaire (de 6 à 15 ans) est gratuit et obligatoire pendant 8 ans, et 99 % des élèves de l’enseignement général réussissent les examens finaux. La Croatie propose un enseignement préscolaire dès l’âge de 6 mois jusqu’à l’entrée à l’école primaire, et tous les enfants doivent suivre un programme préscolaire gratuit l’année précédant leur entrée à l’école élémentaire (Eurydice, 2023).
La Croatie encourage également l’inclusion culturelle et linguistique en soutenant 22 groupes ethniques minoritaires (Serbes, Tchèques, Italiens, Hongrois, Roms, et autres) à travers trois modèles linguistiques (Eurydice, 2023) :
- Le modèle A propose tous les cours dans une langue minoritaire, plus le croate obligatoire.
- Le modèle B propose des cours de sciences en croate et des cours de sciences sociales dans une langue minoritaire.
- Le modèle C propose tous les cours en croate, plus 2 à 5 heures hebdomadaires consacrées à la langue et à la culture minoritaire.
L’enseignement secondaire supérieur (14-15 ans et plus) est facultatif, mais largement suivi dans les lycées préparant à l’université (97 % réussissent les examens d’État), les écoles professionnelles proposant des programmes de formation professionnelle de 1 à 5 ans (67 % poursuivent des études supérieures) ou dans les écoles d’art combinant enseignement général et artistique (Eurydice, 2023).
Même si la plupart des enfants sont scolarisés, certains ne le sont pas. En 2022, selon la Banque Mondiale, 2 570 enfants en âge d’aller à l’école primaire en Croatie n’étaient pas scolarisés. Bien que ce chiffre soit faible par rapport à la population totale, il concerne souvent des enfants issus de minorités Roms, des familles à faibles revenus ou des élèves handicapés, des groupes qui risquent toujours d’être laissés pour compte (Trading Economics, n.d.).

Pour lutter contre les inégalités, la Croatie a adopté un ensemble de mesures à travers des initiatives spécifiques et ciblées. Le Plan National pour l’intégration des Roms 2021-2027 vise à améliorer les résultats des enfants marginalisés. En complément, des campagnes publiques ont été lancées pour lutter contre les stéréotypes et encourager une plus grande participation scolaire des groupes vulnérables (Office pour l’égalité des sexes du gouvernement de la République de Croatie, 2024).
Droit à la santé
En Croatie, tous les enfants ont droit à des soins de santé gratuits. Cela comprend des examens médicaux réguliers, des vaccins, des soins d’urgence et l’aide de spécialistes tels que des dentistes et des psychologues. Les services de santé sont pris en charge par un système d’assurance nationale, afin que les familles n’aient rien à payer (Mestrovic et al., 2016).
Les soins de santé préventifs constituent un élément fondamental du système de santé infantile en Croatie. Les enfants bénéficient systématiquement d’examens de croissance, de vision, d’audition et de développement musculosquelettique, et reçoivent une éducation sanitaire axée sur la nutrition, l’activité physique et la sécurité. Ces services sont coordonnés par un réseau national de pédiatres et de spécialistes en médecine scolaire (Mestrovic et al., 2016).
Dans le cadre d’une stratégie multisectorielle de prévention des blessures, élaborée en collaboration avec les ministères de la Santé, de l’Education, des Affaires sociales et de l’Intérieur, la Croatie a adopté une législation relative à la sécurité et lancé des campagnes nationales de sensibilisation de la population. Cela a conduit à une baisse significative de la mortalité infantile due aux blessures, le nombre de décès chez les 0-19 ans passant de 291 en 1995 à 76 en 2013 (Mestrovic et al., 2016).
Le pays a également donné la priorité aux soins maternels et néonatals. Presque toutes les naissances ont lieu dans des hôpitaux, et 30 des 31 maternités ont été certifiées « Amies des Bébés » par l’UNICEF. Plusieurs services pédiatriques ont également été reconnus comme « Amis des Enfants », répondant aux normes internationales relatives aux environnements de soins de santé adaptés aux enfants (Mestrovic et al., 2016).
Malgré ces progrès, de nouveaux défis sanitaires apparaissent. L’augmentation des taux d’obésité infantile, des troubles mentaux et de développement neurologique exercent une pression supplémentaire sur le système de santé. Le pays connaît actuellement une pénurie de pédopsychiatres (moins de 30 au total) et un besoin croissant de nouveaux pédiatres pour répondre à la demande (Mestrovic et al., 2016).
Droit à l’identité
En Croatie, le droit à l’identité est étroitement lié à la protection plus large des droits de l’enfant prévue par le droit international et national. En tant que signataire de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant depuis 1991, la Croatie s’est engagée juridiquement à défendre le droit de chaque enfant à être reconnu et protégé, indépendamment de son origine, de son handicap ou de son statut social (Gouvernement de la République de Croatie, s.d.).
Cela inclut le droit à une identité dès la naissance, garantit en pratique par l’accès à une carte d’identité électronique pour tous les citoyens croates, y compris les enfants. La carte d’identité confirme le nom, la nationalité, la date de naissance et le lieu de résidence de l’enfant, et lui donne accès à d’autres droits tels que les soins de santé, l’éducation et la protection contre les préjudices (Gouvernement de la République de Croatie, s.d.).
La Croatie a également ratifié la Convention Européenne sur l’exercice des droits des enfants, qui fait valoir les droits procéduraux des enfants, tels que le droit de recevoir des informations, d’exprimer leur opinion et d’être entendus dans les décisions qui les concernent. Dans les procédures judiciaires et administratives, les enfants ont le droit d’être consultés et leurs opinions doivent être prises au sérieux (Gouvernement de la République de Croatie, s.d.).
L’importance du droit à l’identité en Croatie a été renforcée par une décision importante de la Cour Européenne des droits de l’Homme dans l’affaire Mikulić c. Croatie (2002). Dans cette affaire, une enfant née hors mariage n’a pas pu faire reconnaître légalement son père pendant plus de cinq ans en raison de procédures judiciaires longues et inefficaces et du refus de celui-ci de se soumettre à un test ADN (Conseil de l’Europe, s.d.).
À l’époque, la loi croate n’autorisait pas les tribunaux à imposer le test ni à considérer le refus de s’y soumettre comme une preuve légale. La Cour a estimé que ce retard violait le droit de l’enfant à son identité et à une vie familiale. Elle a jugé que les enfants avaient un intérêt vital à connaître leurs origines familiales et que les systèmes juridiques devaient garantir des procédures rapides et efficaces pour protéger ce droit (Conseil de l’Europe, s.d.).
À la suite de cet arrêt, la Croatie a modifié sa législation en 2003. Selon la nouvelle réglementation, toute personne à qui un tribunal ordonne de se soumettre à un test de paternité ou de maternité doit s’y conformer dans un délai de trois mois. En cas de refus, le tribunal peut l’interpréter comme un soutien à la demande de l’autre partie. Cette modification a considérablement renforcé la protection du droit de l’enfant à obtenir une identité juridique (Conseil de l’Europe, s. d.).
Facteurs de risque → Défis spécifiques au pays
Pauvreté
Selon le rapport de l’UNICEF intitulé « Child Poverty in the Midst of Wealth » (La Pauvreté Infantile au Milieu de la Richesse), la Croatie se classe au 17e rang parmi les 39 pays de l’OCDE et de l’UE en termes de risque de pauvreté infantile, une position intermédiaire qui reflète pourtant des difficultés importantes pour de nombreux enfants. Entre 2019 et 2021, 16,6 % d’entre eux étaient exposés à ce risque, soit moins que la moyenne de l’UE, mais il concernait néanmoins des dizaines de milliers de jeunes vies (UNICEF Hrvatska, n.d.).
Alors que la précarité durable touchait 14 % des enfants entre 2017 et 2019, les statistiques récentes montrent une légère amélioration, avec un taux de 10,9 % en 2022. Le dénuement matériel, caractérisé par l’incapacité d’accéder à des produits de base tels que des aliments frais, des vêtements appropriés ou du matériel scolaire, concernait 5,8 % des enfants de moins de 16 ans en 2021 (UNICEF Hrvatska, n.d.).
Certains groupes souffrent de manière disproportionnée. En 2014, 94,6 % des enfants Roms vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 19,4 % de l’ensemble de la population infantile. Les enfants issus de familles monoparentales ont trois fois plus de risques de connaître des difficultés financières que ceux issus de familles biparentales (UNICEF Hrvatska, n.d.).
Les systèmes de protection sociale apportent une aide, mais celle-ci est limitée. En 2021, les transferts monétaires ont permis de réduire la vulnérabilité économique des enfants de 7,1 points de pourcentage. Cependant, le montant de ces prestations est alarmant, car les allocations chômage pour une famille avec deux enfants ne couvrent que 31,2 % du salaire moyen, soit bien moins que la moyenne européenne en matière de dépenses sociales (UNICEF Hrvatska, n.d.).

Le gouvernement croate a apporté plusieurs changements pour réduire les difficultés matérielles des enfants et soutenir les familles. L’une de ces mesures importantes est la création du Fonds de Pensions Alimentaires, qui apporte une aide financière aux enfants dont les parents ne versent pas les pensions alimentaires fixées par le tribunal. Les enfants peuvent désormais bénéficier de cette aide jusqu’à l’âge de 26 ans s’ils sont encore scolarisés. L’aide est disponible également jusqu’à 26 ans pour les étudiants et aussi longtemps que nécessaire pour les enfants handicapés (Vlada Republike Hrvatske, 2024).
Le gouvernement a également pris des mesures pour soutenir les familles et les jeunes enfants. Tout d’abord, l’allocation versée pour un nouveau-né a été doublée afin d’apporter une aide supplémentaire aux jeunes parents. En outre, 84,5 millions d’euros ont été versés aux collectivités locales afin de maintenir les crèches ouvertes et abordables. Ces efforts contribuent à améliorer la vie des enfants et à réduire la pauvreté en Croatie (Vlada Republike Hrvatske, 2024).
Violence envers les enfants
L’augmentation de la violence envers les enfants, aussi bien sur Internet que dans la vie réelle, a déclenché une alerte nationale et suscité toute une série de réactions institutionnelles en Croatie. Un rapport récent du Médiateur de l’enfant a révélé une augmentation de 13 % des violations des droits de l’enfant signalées en 2023, avec une hausse de 80 % de la violence à l’école. Les cas d’agressions entre camarades et même les incidents mortels, dont sept meurtres et sept suicides de mineurs, soulignent l’urgence d’un changement systémique (Novak, 2025).
Cette montée de la violence fait écho aux conclusions de l’étude nationale BECAN, qui a constaté que la violence psychologique entre jeunes, telle que les commérages (62,4 %), les cris (46,6 %) et les insultes verbales (43,8 %), était la plus répandue. Moins fréquentes, les violences sexuelles (5 %) et les agressions physiques (4,3 %) restent cependant des préoccupations importantes, notamment en raison de leur impact durable (Sušac et al., 2012).
Maltraitance des enfants
La maltraitance des enfants demeure une préoccupation importante en Croatie. En 2006, les tribunaux ont prononcé 47 condamnations pour des crimes contre des enfants, dont 29 pour abus sexuels sur mineurs, 9 pour comportement obscène, 7 pour utilisation de mineurs à des fins pornographiques, 1 pour pornographie infantile sur Internet et 1 pour exposition d’enfants à du contenu pornographique. Malgré l’engagement du gouvernement en faveur du bien-être des enfants, des défis systémiques persistent dans la protection des enfants contre la maltraitance et l’exploitation (Département d’État américain, 2008).
De plus, même si les châtiments corporels sont formellement interdits en Croatie, cette pratique reste malheureusement très répandue. Selon une étude épidémiologique réalisée en 2012, l’agression psychologique et les châtiments corporels sont les formes les plus courantes de violence familiale envers les enfants, leur fréquence augmentant avec l’âge : 56 % des enfants de 11 ans, 68 % des enfants de 13 ans et 72 % des enfants de 16 ans ont déclaré avoir subi des maltraitances physiques (End Corporal Punishment, 2020).
Malgré un cadre juridique solide, les mentalités sociales normalisent toujours la violence. D’après une enquête nationale réalisée en 2017, près de la moitié des personnes interrogées pensaient que les châtiments corporels avaient diminué, mais seulement 39 % reconnaissaient leurs effets néfastes. Il est alarmant de constater que près d’un tiers des parents d’enfants de 3 ans admettent les avoir récemment frappés ou de leur avoir tiré les cheveux (End Corporal Punishment, 2020).
Afin de lutter contre cette violence, notamment contre les châtiments corporels, la Croatie a entrepris en 2023 de mettre en œuvre le modèle Barnahus dans le cadre d’une initiative de l’Union Européenne et du Conseil de l’Europe. Cette approche adaptée aux enfants renforce la coordination entre les différentes institutions, élargit le soutien psychosocial et implique les parents dans les processus de protection (Conseil de l’Europe, s.d.).
Harcèlement scolaire
En 2008, la Croatie a été profondément bouleversée par la mort violente de Luka Ritz, 18 ans, agressé au hasard par un groupe de jeunes alors qu’il rentrait chez lui à pied à Zagreb. Ayant initialement survécu à ses blessures, Luka est finalement décédé après plusieurs jours d’hospitalisation. Cette tragédie a déclenché un vaste débat national sur la violence chez les adolescents, le harcèlement et l’absence de mécanismes institutionnels pour lutter contre l’agressivité entre jeunes (EEA and Norway Grants, 2017).
La mort de Luka a marqué un tournant dans le débat public et politique sur la sécurité des adolescents. En réaction, sa famille a créé le Centre de Conseil Luka Ritz, un organisme municipal qui s’engage à soutenir les jeunes victimes de violence et à promouvoir des initiatives éducatives et préventives. En son hommage le « Prix Luka Ritz » a été créé afin de récompenser chaque année les élèves qui prônent activement la non-violence et la tolérance dans les écoles (Fonds EEE et Norvège, 2017).
A la suite de ces initiatives, une étude réalisée en 2023 par la Faculté des Sciences de l’Éducation et de la Réhabilitation pour la Ville de Zagreb a identifié le cyberharcèlement comme la forme de violence entre pairs la moins reconnue mais de plus en plus fréquente, en particulier après la cinquième année de l’école primaire. Sur la base de ces conclusions, la ville a élaboré le Plan d’action pour la Prévention de la Violence entre Élèves pour 2024-2026. Ce plan, officiellement adopté par le conseil municipal, propose des mesures visant à prévenir et à lutter contre la violence chez les enfants et les adolescents (Grad Zagreb, 2025).
Travail des enfants
En Croatie, le travail des enfants est strictement réglementé par la loi. Les enfants âgés de moins de 15 ans, tout comme ceux encore scolarisés dans l’enseignement primaire obligatoire, ne sont pas autorisés à travailler. Des exceptions sont prévues pour la participation à des activités culturelles, artistiques et similaires sans risques pour la santé, la sécurité ou le développement de l’enfant, et uniquement avec l’accord préalable de l’autorité compétente en matière de protection sociale (Gouvernement de la République de Croatie, s.d.).
Malgré ces protections juridiques, certains mineurs restent particulièrement vulnérables au travail des enfants et à l’exclusion sociale, notamment les enfants Roms. Une étude nationale réalisée en 2014 a révélé que 94,6 % des enfants Roms en Croatie vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 19,4 % des enfants de la population globale. La précarité économique couplée à des obstacles systémiques expose davantage au risque de travail des enfants, notamment dans l’agriculture et le travail de rue (Klasnić et al., 2022).
Dans certains cas, ces conditions ont eu des conséquences fatales. En 2005, suite à la noyade d’un enfant Rom dans le lac Orehovica après une journée de récolte de pommes de terre sous une chaleur extrême, le Médiateur croate de l’enfant a demandé l’ouverture d’une enquête officielle sur le travail forcé des enfants au sein des communautés Roms. Le mineur aurait travaillé pour un salaire modique aux côtés d’autres jeunes Roms, attirant une nouvelle fois l’attention sur l’absence de mesures de surveillance et de sécurité adéquates (Centre européen des droits des Roms, 2006).
Ces dernières années, le gouvernement a renforcé la protection des enfants grâce à des réformes juridiques et des campagnes publiques, notamment en modifiant la loi sur la procédure pénale afin de soutenir les victimes de la traite. L’application de la loi est assurée conjointement par le ministère de l’Économie, l’Inspection d’État et le Médiateur de l’enfant. Cependant, lutter contre les causes profondes du travail des enfants reste un grand défi (HCR, 2009).
Enfants déplacés
Les enfants migrants, en particulier ceux qui voyagent seuls sont parmi les plus vulnérables à la violence sur la route des Balkans vers l’UE. La Croatie, en tant que pays de transit clé et État frontalier de l’UE, est souvent citée dans les témoignages pour son traitement sévère envers les migrants. Selon les rapports de Save the Children, de nombreux enfants ont été victimes de violences physiques, de vols et d’humiliations de la part de la police croate (Arbutina, 2022).

Des témoignages directs font état de passages à tabac, de destruction d’effets personnels et de renvois forcés (ou « refoulements ») sans aucune procédure légale appropriée. Certains enfants ont également été témoins ou victimes de violences sexuelles, commises par des passeurs ou lors d’interactions près de la frontière. Malgré la gravité de ces abus, la plupart des incidents ne sont pas signalés par crainte, par honte ou parce que ce type de violence est considéré comme « normal » (Arbutina, 2022).
Malgré la position de la Croatie sur les principales routes migratoires et l’augmentation du nombre de travailleurs étrangers, les données sur l’éducation révèlent une tendance paradoxale. Les recherches du PISA montrent en effet que le pourcentage d’élèves d’origine migrante dans les écoles croates est passé de 12 % en 2012 à 9 % en 2022, ce qui suggère que de nombreux enfants migrants restent en dehors du système éducatif formel (Martinović, 2023).
La baisse des inscriptions scolaires des élèves migrants, malgré des pressions migratoires persistantes, suggère une exclusion systématique plutôt qu’une intégration réussie. L’indifférence des autorités éducatives face aux défis spécifiques auxquels sont confrontés les migrants, combinée à la violence frontalière avérée, crée un système privilégiant la répression plutôt que la protection des enfants et l’intégration plutôt que les obligations humanitaires (Martinović, 2023).
Défis environnementaux
La Constitution croate garantit explicitement le droit à un environnement sain, faisant de la protection de l’environnement une valeur juridique fondamentale. L’article 70 confirme le devoir de l’État de garantir les conditions nécessaires à une vie saine et de protéger la santé humaine. Ce principe est renforcé par les lois nationales sur la protection de l’environnement, la gestion des déchets et de l’eau, qui constituent une base juridique solide pour la protection de la santé des enfants (Agence des droits fondamentaux, s.d.).
Ces mesures juridiques ont permis d’enregistrer des progrès notables dans certains domaines. L’accès à l’eau potable est par exemple généralement élevé dans tout le pays. Selon Eurostat, seuls 0,6 % de la population ne disposaient pas d’installations sanitaires de base en 2020, ce qui est bien inférieur à la moyenne de l’UE (1,6 %). Cela démontre l’efficacité des infrastructures dans de nombreuses régions du pays. Cependant, malgré ces progrès, les zones rurales restent touchées de manière disproportionnée (BTI, 2024).
Pour relever ces défis, la Croatie s’est engagée à mettre en œuvre une série de mesures stratégiques dans le cadre de sa Stratégie Nationale de Développement 2030. Le gouvernement investit dans des infrastructures vertes afin de protéger la santé publique. Des installations modernes de traitement des déchets sont progressivement mises en place pour remplacer les décharges, et des investissements pouvant atteindre 6 milliards d’euros sont prévus dans les énergies renouvelables d’ici 2030 (Agence européenne pour l’environnement, 2020).
Écrit par Lidija Misic
Traduit par Françoise Carpentier
Relu par Ania Beznia
Dernière mise à jour le 26 mai 2025
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[1] Cet article ne prétend en aucun cas donner un aperçu complet ou représentatif des droits des enfants en Croatie ; en effet, l’un des nombreux défis à relever est le manque d’informations actualisées sur les enfants Croates, dont la plupart sont peu fiables, non représentatives, obsolètes ou tout simplement inexistantes.

