Concrétiser les droits des enfants en Estonie


L’Estonie a réalisé des progrès considérables en matière de lutte contre l’exploitation des enfants, d’amélioration de l’accès aux soins et de renforcement du système éducatif. De nombreux enfants grandissent cependant encore dans la pauvreté, font face à des problèmes de santé mentale, rencontrent des obstacles dans leur scolarité et sont victimes de discrimination. Ils manquent souvent de protection adéquate et de vraies opportunités leur permettant de prendre part aux décisions qui affectent leur vie. Les difficultés économiques ont contribué à l’augmentation de la prostitution et de l’exploitation sexuelle des enfants alors que les mauvais traitements et le trafic d’enfants restent des problèmes extrêmement préoccupants.
Population: 1,3 million
Pop. ages 0-14: 16%
Life expectancy: 79,5 ans
Under-5 mortality rate: 2,2‰
L’Estonie en bref
L’Estonie est une république parlementaire située sur la côte est de la mer Baltique en Europe du Nord. Elle est membre de l’Union européenne et de l’OTAN depuis 2004 et a rejoint la zone euro en 2011. En janvier 2025, sa population était d’environ 1 369 285 habitants dont 70 % résidaient en zone urbaine (pluriel) et 30 % en zone rurale (Statistics Estonia, 2025).
L’âge médian était de 42,8 ans (Worldometers, 2025). Les enfants âgés de 0 à 14 ans représentaient environ 16% de la population en décembre 2024, un chiffre en baisse constante en raison d’un taux de natalité en dessous du seuil de renouvellement des générations (Trading Economics, 2025). Ce changement démographique a eu pour conséquence le vieillissement de la population et le déclin progressif de la population totale.
L’Estonie est reconnue au niveau international pour le niveau avancé de sa société numérique. Plus de 90% de la population ont accès à Internet et le pays accorde une forte importance à l’e-gouvernance et aux services publics numériques (DataReportal, 2025). Ces infrastructures numériques ont amélioré l’efficacité et l’accessibilité à des services tels que l’éducation et la santé.
Situation des droits des enfants [1]

L’Estonie a fait preuve d’un profond engagement en matière de protection des droits de l’Homme, en particulier ceux des enfants. Le pays a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) en 1998 et rend régulièrement des comptes au Comité des droits des enfants des Nations Unies. Elle a aussi ratifié les deux premiers Protocoles facultatifs à la CRC et en 2024, elle a commencé le processus de ratification du Troisième protocole facultatif qui permettrait aux enfants de déposer plainte directement auprès du Comité (OHCHR, 2024a).
L’Estonie a aussi signé tous les traités clefs des Nations unies sur les droits de l’Homme, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Convention contre la torture, la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes.
Au niveau régional, l’Estonie est membre du Conseil de l’Europe et a ratifié les outils clefs dont la Convention européenne des droits de l’Homme, la Charte sociale européenne révisée, et la Convention d’Istanbul. Selon la Constitution estonienne, les traités internationaux ratifiés par le parlement prévalent sur les lois nationales qui seraient incompatibles, assurant ainsi leur intégration dans le cadre juridique national.
Répondre aux besoins des enfants
Droit à la protection
L’Estonie a fait des progrès notables en matière de protection des enfants contre l’exploitation et la maltraitance. Les autorités combattent activement le trafic et l’exploitation sexuelle. Les réformes législatives mises en place en 2025 ont pour but d’améliorer l’identification et le soutien apporté aux enfants en situation de vulnérabilité, d’augmenter le nombre de familles d’accueil et de renforcer la coordination entre les services de santé et les services sociaux pour les enfants ayant des besoins particuliers.
La nouvelle Loi sur la protection de l’enfance renforce le devoir qu’ont les professionnels de signaler les enfants en difficulté et renforce également le soutien apporté aux familles d’accueil, tuteurs et familles adoptives (OHCHR, 2024a ; Riigikogu, 2025).
Le modèle Barnahus, une approche centrée sur l’enfant qui intègre des processus de protection, de soins médicaux et juridiques, s’est développée en Estonie depuis 2017. En 2025, on compte cinq centres Barnahus dans le pays. Ces centres offrent des services spécialisés aux enfants victimes de sévices sexuels et à ceux qui ont des comportements sexuels nuisibles. Il est prévu que ces services soient étendus à d’autres régions et à d’autres formes de violence comme la maltraitance physique et émotionnelle ainsi que la négligence (OHCHR, 2024a).
Si la législation estonienne en matière de lutte contre la discrimination est conforme aux normes internationales, certaines formes de discrimination restent insuffisamment prises en compte. Les enfants de certains groupes minoritaires bénéficient encore d’une protection ou de soutien insuffisant pour préserver et exprimer leur identité culturelle, linguistique et religieuse, en particulier dans le cadre des politiques éducatives qui tendent à privilégier l’assimilation plutôt que le multiculturalisme (Russian School of Estonia, 2023).
Les mauvais traitements et l’institutionnalisation persistent dans le système de protection de l’enfance en Estonie. Malgré une transition progressive vers le placement en famille d’accueil, un nombre important d’enfants continuent d’être placés dans des institutions publiques qui manquent souvent de ressources adéquates et de personnel spécialisé.
Les enfants placés dans ces institutions sont exposés à des risques plus élevés d’exclusion sociale, de troubles du comportement et de problèmes de santé mentale. Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a fait part de ses préoccupations concernant la qualité du soutien apporté, soulignant la nécessité de proposer des options de prise en charge plus ouvertes et axées sur la réadaptation plutôt que des établissements fermés (Comité des droits de l’enfant, 2024 ; HCDH, 2024b).
Le Comité a en outre souligné que de nombreuses familles d’accueil en Estonie ne disposent pas d’une formation adéquate pour répondre aux besoins complexes des enfants traumatisés, ce qui peut nuire à la qualité des soins et au bien-être des enfants. De plus, des incitations financières peuvent parfois pousser au placement en famille d’accueil, ce qui soulève des questions quant à la motivation et la qualité des soins fournis (Comité des droits de l’enfant, 2024 ; HCDH, 2024).
Des rapports récents soulignent la nécessité d’un meilleur encadrement et d’une formation continue des familles d’accueil et de systèmes de soutien psychosocial renforcé afin de garantir un environnement sûr et stimulant pour les enfants placés en famille ou en institution (Eurochild, 2025a). La transition des structures d’accueil institutionnelles vers des structures familiales et communautaires est un objectif politique déclaré. Cependant, des difficultés de mise en œuvre persistent, et le risque de maltraitance ou de négligence demeure pour certains enfants en situation d’extrême vulnérabilité (Eurochild, 2024).
Droit à l’éducation
En Estonie, l’éducation est gratuite et obligatoire de 7 à 17 ans, mais des réformes récentes ont porté cette limite d’âge à 18 ans afin de réduire les taux d’abandon scolaire et d’améliorer l’accès à l’enseignement secondaire, supérieur et professionnel (Eurydice, 2024, The Baltic Times, 2024). La plupart des enfants suivent neuf années d’enseignement de base qui sont suivies d’études supérieures facultatives.
L’inscription à l’éducation préscolaire reste stable. En 2023, 37,8% des enfants de moins de trois ans – soit légèrement plus que la moyenne de l’UE – étaient inscrits dans des structures d’accueil. Le taux de participation des enfants âgés de 3 à 7 ans a atteint 92%, soit juste en-dessous de l’objectif de 96% fixé par l’Union européenne pour 2030 (Commission européenne, 2024a).
Bien que la loi estonienne sur les établissements d’accueil préscolaire garantisse le droit à l’éducation préscolaire dès l’âge de 18 moins, l’accès reste inégal, en particulier dans les zones urbaines en pleine expansion où la demande dépasse l’offre. En 2023, plus de 68000 enfants fréquentaient 560 écoles maternelles, pour la plupart publiques. Néanmoins, de nombreuses municipalités continuent de rencontrer des difficultés pour assurer un nombre suffisant de places en maternelle. Si les fonds de l’Union européenne ont contribué à soutenir l’expansion de l’éducation de la petite enfance, des lacunes subsistent (Commission européenne, 2024a).
Depuis 2024, l’Estonie a commencé à faire passer tout l’enseignement général en estonien, avec une mise en œuvre complète prévue d’ici 2030. Destinée à promouvoir l’intégration, cette réforme a suscité des inquiétudes quant aux droits des élèves issus de minorités, en particulier les russophones dont les résultats scolaires sont souvent inférieurs à la moyenne (Education Estonia, 2024 ; Russian School of Estonia, 2023).
Le gouvernement affirme que la réforme linguistique vise à garantir l’égalité des chances et des résultats scolaires pour tous les enfants en Estonie, quelle que soit leur origine. Les autorités soulignent que les écoles enseignant en estonien obtiennent systématiquement de meilleurs résultats scolaires, les élèves des écoles russophones accusant généralement un retard d’environ une année scolaire, selon les résultats du test PISA.
Le gouvernement insiste également sur l’importance de favoriser la cohésion sociale, de réduire la ségrégation résultant de systèmes éducatifs parallèles et de garantir à tous les élèves un accès égal à l’enseignement supérieur et au marché du travail. L’objectif est de créer un système éducatif unifié qui renforce l’identité nationale estonienne et l’intégration sociale (Antelme, 2025 ; Education Estonia, 2024 ; Wright & Antelme, 2024).
Des mesures de soutien, notamment un financement important pour la formation des enseignants (initiale et continue), des ressources pour acquérir les compétences linguistiques nécessaires en estonien, des cours de langue supplémentaires pour les élèves et des programmes d’intégration pour les immigrants nouvellement arrivés sont mises en place afin d’aider les élèves et les enseignants à s’adapter au nouveau système.
Les écoles sont encouragées à adopter des approches pédagogiques flexibles, par exemple en mettant l’accent sur l’apprentissage de la langue estonienne pendant la première moitié de l’année scolaire, et à offrir un soutien personnalisé aux élèves ayant un niveau de langue différent (Antelme, 2024 ; Eurydice, 2025).
Toutefois, les inégalités socio-économiques et géographiques continuent d’entraver l’accès à une éducation de qualité et aux infrastructures numériques, en particulier dans les zones rurales (Commission européenne, 2024a). Chaque année, environ 600 diplômés de l’enseignement primaire ne poursuivent pas leurs études, et le nombre d’abandons est similaire lors de la première année d’enseignement secondaire supérieur (Ministère de l’Éducation et de la Recherche, 2024).
Des programmes complets de lutte contre le harcèlement tels que KiVa ont été mis en œuvre dans de nombreuses écoles, générant des résultats prometteurs en matière de réduction des taux globaux de harcèlement lorsqu’ils sont appliqués de manière systématique. Les écoles municipales de Tallinn, en particulier, ont obtenu de meilleurs résultats que celles qui n’utilisent pas ces programmes. Cependant, le cyberharcèlement et le harcèlement sexuel nécessitent une attention particulière (Tallin, 2025).
Droit à la santé
La pauvreté contribue à la malnutrition et, dans certains cas extrêmes, contraint les enfants à travailler illégalement ou les expose à l’exploitation. En réponse à cela, le gouvernement offre des repas scolaires gratuits dans de nombreuses écoles municipales et s’efforce d’améliorer leur qualité nutritionnelle (Eurochild, 2024).
En 2025, de nouvelles réglementations sur les repas scolaires et des recommandations alimentaires nationales ont été introduites, encourageant une plus grande consommation de fruits, légumes, baies, poissons et aliments d’origine végétale afin de lutter contre la malnutrition et l’obésité infantile croissante (ERR News, 2025a).
Pourtant, seul un enfant sur six respecte les recommandations quotidiennes en matière d’activité physique, et moins de la moitié consomment des fruits et des légumes chaque jour (Commission européenne, 2023). Le projet « De la ferme à l’école », lancé en 2024, encourage l’utilisation d’ingrédients biologiques locaux dans les repas scolaires, ce qui profite à la fois aux enfants et aux agriculteurs locaux (Education Estonia, 2023).
La santé mentale est un problème important et croissant chez les enfants et les adolescents. Le fait que les enfants et les adolescents en Estonie aient besoin d’aide est de plus en plus reconnu, en particulier en raison de la forte augmentation des problèmes de santé mentale tels que l’anxiété, la dépression, les idées suicidaires et les troubles du comportement.
Au cours des quatre dernières années, le nombre d’enfants officiellement identifiés comme étant en difficulté a augmenté de 28 %, passant de 3052 en 2020 à 3903 en 2024 (Vahter, 2025). La situation est particulièrement critique chez les 15-17 ans, le nombre d’enfants en difficulté ayant connu une augmentation stupéfiante de 50 %, atteignant 510 adolescents en 2024.
Les garçons représentent 55 % de tous les cas signalés (2142), souvent liés à un comportement plus risqué et à des signalements plus fréquents. Sur le plan géographique, le comté de Harju est le plus touché, avec 1522 enfants en difficulté, dont 1058 à Tallinn, la capitale de l’Estonie. Le comté de Tartu suit avec 582 cas, tandis que les comtés plus petits, tels que Jõgeva et Hiiu, signalent chacun moins de 150 cas (Vahter, 2025).
Les diagnostics de troubles mentaux et comportementaux ont augmenté de 4 % en 2024, avec une hausse de 14 % chez les enfants de moins de 15 ans. Les garçons de cette tranche d’âge sont presque deux fois plus susceptibles d’être diagnostiqués, bien que les filles présentent des taux plus élevés de dépression et d’anxiété (ERR News, 2025b). Près de 30 % des adolescents présentent des symptômes dépressifs hebdomadaires, souvent liés à des pressions scolaires et familiales (Tatomir, 2025).
L’accès aux services de santé mentale reste inégal, en particulier en dehors des grandes villes. L’Estonie ne compte que 18 pédopsychiatres dans tout le pays, et de nombreux professionnels de la santé mentale ne disposent pas de la formation spécialisée nécessaire pour aider les enfants suicidaires. En réponse à cette situation, le plan d’action pour la santé mentale 2023-2026 a augmenté le financement des services de santé mentale en Estonie (Litvinova, 2024).
Droit à l’eau et à l’assainissement
Les conditions de vie mettent en évidence des inégalités persistantes. Plus de 51000 enfants en Estonie vivent dans des foyers sans eau courante et plus de 70000 n’ont pas de toilettes à domicile, des conditions particulièrement critiques dans les zones rurales et marginalisées (HCDH, 2024a). Ces disparités ont un impact significatif sur la santé et le bien-être général des enfants, soulignant l’urgence d’interventions ciblées.

Malgré les obligations légales et internationales de l’Estonie, notamment en vertu de la CDE, de nombreux enfants n’ont toujours pas accès à l’eau potable et à des installations sanitaires adéquates, ce qui porte atteinte à leur droit à un niveau de vie décent. Les lacunes en matière d’infrastructures et de services font que de nombreux enfants, en particulier ceux qui vivent dans des zones reculées et défavorisées, ne peuvent pas jouir pleinement de ce droit.
Droit à la liberté et à la participation
L’Estonie a mis en place plusieurs mécanismes pour soutenir la liberté d’expression et la participation des enfants, notamment des conseils de jeunes et le droit de vote aux élections municipales à partir de 16 ans (Eurochild, 2025b). Ces initiatives visent à donner aux enfants les moyens d’exprimer leurs opinions et de faire entendre leur voix dans les affaires publiques et la gouvernance locale.
Néanmoins, malgré ces dispositions légales, la jouissance effective de ces libertés par les enfants – que ce soit dans la famille, à l’école ou dans la société en général – reste limitée. Des obstacles pratiques, notamment des normes sociales profondément ancrées, des contraintes institutionnelles et des attitudes culturelles, continuent de limiter la capacité des enfants à exercer pleinement leurs libertés, en particulier pour les groupes vulnérables tels que les enfants placés en institution et ceux issus de minorités.
En réponse à cela, l’Estonie s’efforce de renforcer la participation et la liberté d’expression des enfants, conformément à ses obligations internationales. Ces efforts comprennent la création de comités consultatifs, l’élargissement des possibilités de consultation et la promotion de canaux d’information et de communication adaptés aux enfants. En outre, en 2025, de nouvelles lignes directrices et plateformes numériques seront mises en place afin de faciliter l’accès aux services et de garantir que la voix des enfants soit effectivement entendue dans les processus d’élaboration des politiques (HCDH, 2024a ; Sotsiaalkindlustusamet, 2025).
Facteurs de risque → Défis spécifiques au pays
Violence à l’encontre des enfants
L’Estonie affiche l’un des taux les plus élevés d’enfants victimes de harcèlement parmi les pays de l’Union européenne. Ce harcèlement se produit à l’école et en ligne (HCDH, 2024a). Les principales formes de harcèlement sont physiques, émotionnelles, verbales et sociales (exclusion et propagation de rumeurs), le harcèlement verbal étant particulièrement répandu chez les élèves plus âgés (Kõiv & Štenclová, 2024). Un élève sur quatre est concerné, les élèves des écoles russophones et les garçons étant plus susceptibles d’être pris pour cible (Commission européenne, 2024a).
Le pays est également en tête de l’Union européenne en matière d’exposition des jeunes aux abus en ligne. Selon Eurostat, 69 % des jeunes Estoniens (âgés de 16 à 29 ans) ont été confrontés à des contenus hostiles en ligne, ce qui représente le taux le plus élevé d’Europe (Moldovan, 2024).
De plus, l’Estonie reste à la fois un pays d’origine et de transit pour les enfants victimes de traite, qui sont souvent transférés vers d’autres États membres de l’Union européenne. Ce problème touche principalement les enfants vulnérables, en particulier ceux qui sont défavorisés sur le plan économique, placés en institution ou issus de groupes marginalisés (Département d’État américain, 2024). Les disparités économiques par rapport à la moyenne de l’Union européenne et la proximité de l’Estonie avec des pays plus riches augmentent sa vulnérabilité aux réseaux de traite.
Les plateformes en ligne ont rendu les réseaux de traite plus sophistiqués. En réponse, l’Estonie a introduit des sanctions légales plus sévères, amélioré les processus d’identification des victimes et élargi les services de soutien, notamment en mettant en place des procédures d’enquête adaptées aux enfants, telles que celles proposées par le modèle Barnahus (HCDH, 2024a).
Cependant, de nombreux cas ne sont pas signalés en raison de la stigmatisation sociale et de la nature clandestine de ce crime ; ainsi, l’ampleur réelle du phénomène est probablement sous-estimée (Département d’État américain, 2023). Les organismes internationaux continuent d’exhorter l’Estonie à renforcer ses stratégies de prévention, de protection et de poursuite (HCDH, 2024a). Les récentes réformes législatives visent à améliorer l’identification précoce des enfants dans le besoin, à renforcer le soutien aux familles d’accueil et adoptives, et à mieux intégrer les services sociaux et de santé destinés aux enfants ayant des besoins spécifiques (HCDH, 2024a ; Riigikogu, 2025).
Pauvreté infantile
En Estonie, un enfant sur cinq vit dans la pauvreté. En 2024, le taux de risque de pauvreté a atteint 20,2 %, avec 18,3 % des enfants exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2023 (Europe Data, 2024 ; Trading Economics, 2025b). Les ménages monoparentaux et les familles avec trois enfants ou plus sont particulièrement vulnérables, la précarité ayant considérablement augmenté en 2024. 25,3 % des ménages monoparentaux ont connu une précarité matérielle, soit une augmentation de 34 % par rapport à l’année précédente (Postimees, 2024 ; Statistics Estonia, 2024).
Les disparités régionales sont prononcées. Dans le comté d’Ida-Viru, le taux de pauvreté a atteint 35 %, soit plus du double de celui du comté de Harju (15,5 %) (Europe Data, 2024). Les enfants vivant dans des zones rurales ou isolées ont moins accès aux services de base et sont plus susceptibles de grandir dans la pauvreté que leurs pairs urbains.
Pour relever ces défis, le Plan d’Action de l’Estonie pour la garantie de l’Enfance vise à réduire la pauvreté infantile. Ce plan comprend des services sociaux et de santé intégrés, une augmentation des prestations familiales et un soutien ciblé aux groupes vulnérables (Commission européenne, 2024b).
Discrimination et enfants issus de minorités
La discrimination continue d’entraver la pleine réalisation des droits des enfants en Estonie, en particulier au sein des communautés russophones et autres minorités. Les exigences linguistiques dans l’éducation et l’emploi notamment limitent les opportunités et renforcent les cycles de pauvreté et d’exclusion sociale.
La prédominance de l’estonien dans les écoles et sur les lieux de travail limite l’accès à une éducation et à des emplois de qualité pour les enfants russophones et issus d’autres minorités, ce qui conduit à leur marginalisation sociale et économique. Les enfants issus de minorités peuvent également être victimes de stéréotypes, de harcèlement ou d’exclusion dans les établissements scolaires et les espaces publics, ce qui nuit à leur sentiment d’appartenance et à leur identité personnelle.
En 2023, l’Estonie a adopté une législation exigeant que toute l’éducation préscolaire et scolaire soit dispensée en estonien, limitant ainsi de fait les possibilités d’enseignement dans les langues minoritaires, telles que le russe (HCDH, 2023). Si les droits fondamentaux à l’éducation et à la protection sont garantis pour tous les enfants, des inquiétudes ont été exprimées quant à la préservation de l’identité culturelle et au droit à l’éducation dans la langue maternelle des enfants issus de minorités.
Malgré les efforts déployés par l’Estonie pour renforcer sa législation anti-discrimination, les protections juridiques existantes ne garantissent toujours pas l’égalité de traitement pour tous les groupes minoritaires dans différents domaines de la vie (Grossthal, s.d.).

Depuis 2024, l’Estonie a entamé la transition de l’enseignement général vers l’estonien exclusivement, la mise en œuvre complète étant prévue pour 2030 (Antelme, 2024). Si cette réforme vise à promouvoir l’intégration, ses détracteurs affirment qu’elle pourrait conduire à une assimilation forcée. La fermeture des écoles russophones et l’offre limitée d’options d’enseignement bilingue ont accru la ségrégation et provoqué des migrations internes au sein des communautés minoritaires (Russian School of Estonia, 2023). De plus, les Russophones ont souvent des résultats scolaires inférieurs à la moyenne (Education Estonia, 2024).
Des organismes internationaux, notamment des experts des Nations unies, ont souligné que le passage à un enseignement exclusivement en estonien dans l’éducation préscolaire et générale pourrait enfreindre les normes relatives aux droits humains qui protègent les droits linguistiques et culturels des enfants issus de minorités. La mise en œuvre de la loi a entraîné la fermeture de plusieurs écoles de langues minoritaires et suscité un débat public, les détracteurs affirmant que les enfants issus de minorités linguistiques pourraient être désavantagés, tant sur le plan scolaire que sur le plan social, s’ils étaient contraints de s’adapter à une nouvelle langue d’enseignement.
Le gouvernement estonien soutient que cette politique vise à favoriser l’unité et l’intégration sociale, tout en poursuivant le dialogue avec ses partenaires internationaux afin de trouver un équilibre entre l’intégration et la protection des droits des minorités (Hankewitz, 2023 ; HCDH, 2023).
Suicide chez les enfants
La prévalence des pensées suicidaires chez les jeunes en Estonie est particulièrement alarmante. En 2022, 16,1 % des garçons et 33,6 % des filles de 15 ans ont déclaré avoir eu de telles pensées au cours de l’année écoulée. Selon une étude de l’université de Tartu, cela signifie qu’environ une fille de 15 ans sur trois a eu des idées suicidaires, ce qui représente une augmentation significative au cours de la dernière décennie. Les filles étaient également plus susceptibles de déclarer des épisodes dépressifs, 60,2 % d’entre elles ayant connu une période dépressive d’au moins deux semaines, contre 29,2 % des garçons (Saar, 2025).
Les pensées suicidaires et la dépression ont augmenté chez les adolescents des deux sexes, et le nombre de suicides chez les jeunes a augmenté ces dernières années. Parallèlement, la plus forte augmentation des troubles mentaux et comportementaux a été observée chez les enfants de moins de 15 ans, avec une hausse notable des diagnostics au cours de l’année écoulée. Si les filles déclarent plus fréquemment avoir des idées suicidaires, les garçons de moins de 15 ans présentent des taux plus élevés de troubles mentaux diagnostiqués (ERR News, 2025b).
En réponse à cette situation, l’Estonie a modifié la loi sur la santé mentale en 2021 afin de permettre aux enfants d’accéder à des soins psychiatriques sans autorisation parentale, dans le but de réduire les obstacles pour ceux qui ont besoin d’une aide urgente (HCDH, 2024a).
Elle investit également dans l’amélioration des programmes de formation des professionnels de la santé mentale et dans des évaluations systémiques afin de renforcer le soutien aux jeunes à risque et à ceux qui souffrent de crises de santé mentale. Cependant, les experts continuent de souligner certaines lacunes, notamment l’insuffisance de la formation spécialisée pour accompagner les jeunes suicidaires et répondre à leurs besoins sous-jacents (Litvinova, 2024).
Écrit par Or Salama
Relu en interne par Aditi Partha
Traduit par Catheline Hannier
Relu par Ania Beznia
Dernière mise à jour le 2 août 2025
Références :
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[1] Cet article ne prétend en aucune manière donner un compte-rendu complet et représentatif des droits de l’enfant en Estonie. En effet, l’un des nombreux défis est le peu d’informations mises à jour concernant les enfants de ce pays dont une grande partie est non fiable, non représentative, obsolète ou simplement inexistante.

