Enfants d’Irlande

Concrétiser les droits des enfants en Irlande

L’Irlande a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant en septembre 1992 et s’efforce depuis lors d’aligner ses lois et ses politiques sur les normes internationales. Le pays, devenu une république en 1949, a renforcé ses systèmes d’éducation, de soins de santé et de protection de l’enfance. La plupart des enfants irlandais grandissent en bonne santé et dans un environnement favorable, mais beaucoup sont encore victimes de pauvreté, de maltraitance ou souffrent de troubles mentaux. Si les protections juridiques pour les enfants sont désormais solides, leur mise en œuvre dans la vie quotidienne reste toutefois une préoccupation constante.

Population: 5,4 millions
Population de 0 à 14 ans: 18,56%

Espérance de vie: 82,8 ans
Mortalité des moins de 5 ans: 3,8‰

L’Irlande en bref

L’Irlande est un pays insulaire d’Europe occidentale, et se situe à l’ouest de la Grande-Bretagne dont elle est séparée par le Canal du Nord, la mer d’Irlande et le Canal de Saint-Georges, son unique frontière terrestre est avec l’Irlande du Nord. Sa capitale est Dublin, l’irlandais et l’anglais sont les langues officielles. La plupart des Irlandais sont catholiques, mais dans le pays, chacun est libre de pratiquer une autre religion (Ranelagh & Boland, 2025).

Au XXe siècle, l’histoire de l’Irlande a été marquée par plusieurs conflits. La guerre d’indépendance irlandaise, qui a débuté en 1919 sous la forme d’une lutte armée contre la domination britannique, a abouti au traité anglo-irlandais de 1921. Ce dernier a créé l’État Libre d’Irlande dans le sud, tandis que l’Irlande du Nord restait sous contrôle britannique. Une brève guerre civile a alors éclaté entre les partisans et les opposants au traité. L’Irlande a ensuite consolidé son indépendance et est officiellement devenue la République d’Irlande en 1949 (Denison Magazine, 2020).

En 1973, l’Irlande a rejoint la Communauté Économique Européenne, aujourd’hui Union Européenne, après un référendum national au cours duquel plus de 83% des électeurs se sont prononcés en faveur de l’adhésion. À l’époque, le pays était confronté à un taux de chômage élevé et à une forte émigration et de nombreuses familles se retrouvaient dans l’incapacité de subvenir aux besoins de leurs enfants. Cette adhésion a permis à l’Irlande d’accéder aux marchés européens et de bénéficier des fonds de développement européens, contribuant ainsi à l’amélioration du niveau de vie de la population (CSO Ireland, 2023).

Au cours des décennies suivantes, ces changements ont contribué à créer de nouvelles perspectives pour les jeunes grâce à l’amélioration des systèmes éducatifs, de soins de santé et de protection sociale. En 2025, le produit intérieur brut de l’Irlande était estimé à environ 696 milliards de dollars en termes de parité de pouvoir d’achat, ce qui témoigne de l’impact positif de l’adhésion à l’UE sur le renforcement des services publics et l’amélioration de la situation des jeunes qui grandissent aujourd’hui dans ce pays (World Economics, 2025).

Statuts des droits de l’enfant en Irlande [1]

Les améliorations apportées à la reconnaissance des droits de l’enfant en Irlande ont été réalisées très progressivement et de manière inégale. Tout au long du XXe siècle, l’Église catholique a exercé une influence considérable sur les politiques éducatives, sanitaires et sociales et la protection de l’enfance a davantage consisté à résoudre les problèmes qu’à les prévenir. Une série de problèmes dramatiques a finalement contribué à mettre les droits de l’enfant et la réforme constitutionnelle à l’ordre du jour (Muldoon, 2024).

L’Irlande a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant  (CDE) en 1992 et a commencé à mettre en place de nouvelles institutions. En 1994, elle a nommé le premier ministre d’État chargé de l’enfance et en 1996, elle a proposé la création d’un poste de Médiateur pour les enfants. En 1998, pour répondre aux exigences du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, le Gouvernement a ouvert des consultations et élaboré un projet de loi. Ce projet a abouti à la création du Médiateur pour les enfants en 2002 (Muldoon, 2025).

S’appuyant sur ces réformes, un amendement constitutionnel de 2012 a expressément reconnu les droits de l’enfant. Mais la Convention Relative aux droits de l’enfant (CDE) n’a pas été pleinement intégrée au droit irlandais de sorte que les droits des enfants ne sont pas totalement applicables par les tribunaux irlandais. Le Comité des Nations Unies a plusieurs fois exhorté l’Irlande à achever cette intégration de la Convention, à intensifier ses actions en matière de discrimination, de pauvreté infantile, d’éducation, de santé mentale et de justice adaptée aux enfants (Muldoon, 2024).

Afin d’atteindre ces objectifs, le gouvernement a ensuite introduit des mesures clés comme la loi Children First Act 2015, qui fait de la protection de l’enfance une obligation légale pour les professionnels et les organisations travaillant avec les enfants, et a créé en 2014 Tusla, l’agence de l’enfance et de la famille pour piloter les services de protection et de bien-être de l’enfance (Harlowe et al., 2019).

Dans le but de s’engager davantage envers la Convention des Nations Unies, l’Irlande a également ratifié, en 2002, le Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, engageant l’État à empêcher l’utilisation d’enfants dans des activités militaires. En 2014, elle a ratifié le Protocole facultatif concernant une procédure de communication, donnant aux enfants le droit de porter plainte directement auprès des Nations Unies si leurs droits en vertu de la Convention étaient violés. L’Irlande a également signé le Protocole facultatif sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants en 2000, et se prépare à le ratifier (Gouvernement irlandais, 2025).

Répondre aux besoins des enfants

Droit à l’éducation

En Irlande, l’éducation est gratuite et obligatoire de 6 à 16 ans, ou jusqu’à ce que les élèves aient terminé trois années d’études secondaires. La plupart des enfants commencent toutefois l’école primaire à l’âge de 4 ou 5 ans. Le système comprend l’enseignement primaire, secondaire, la formation continue et l’enseignement supérieur ; la plupart des établissements sont financés par l’État (CIC, 2022).

Le Programme d’éducation et d’accueil de la petite enfance (ECCE) offre un enseignement préscolaire gratuit aux enfants avant leur entrée à l’école primaire, tandis que le Programme National de garde d’enfants (NCS) aide les familles à couvrir les frais de garderie. L’enseignement primaire commence généralement à l’âge de 5 ans et suit un programme centré sur l’enfant. La plupart des élèves apprennent à la fois l’anglais et l’irlandais, quoique certains en sont exemptés (CIC, 2022).

L’enseignement secondaire comprend deux cycles : le premier cycle (12-15 ans), sanctionné par le « Junior Cycle Profile of Achievement », et le second cycle (16-18 ans), qui mène à l’un des trois programmes du « Leaving Certificate » diplôme de fin d’études secondaires : général, professionnel ou pratique (CIC, 2022).

Bien que le système éducatif irlandais soit performant, certains élèves continuent de rencontrer des difficultés. Les enfants issus de milieux défavorisés ne bénéficient pas des mêmes conditions d’apprentissage. Le harcèlement scolaire est également un problème. Pour y remédier, le ministère de l’Éducation exige de toutes les écoles qu’elles respectent les règles nationales en matière de lutte contre le harcèlement et qu’elles forment leur personnel, afin de garantir la sécurité et l’intégration de chaque élève (Tangredi, 2023).

Droit à la santé

En Irlande, les soins de santé sont principalement financés par les impôts, avec quelques participations aux frais et des assurances privées. Tous les citoyens peuvent accéder aux services hospitaliers publics, et les consultations chez le médecin généraliste sont gratuites pour les enfants de moins de six ans et les familles bénéficiant d’une carte médicale. L’Agence de santé publique « Health Service Executive » (HSE) finance également des services sociaux tels que les soins aux personnes handicapées, les vaccinations et les programmes de développement de l’enfant (Staines et al., 2016).

La plupart des enfants naissent à l’hôpital et leurs familles bénéficient du soutien d’infirmières qui leur rendent visite à domicile après la naissance. Celles-ci contrôlent la croissance des bébés, prodiguent des conseils en matière de nutrition et de sécurité, et accompagnent les parents dans la gestion de la santé de leur enfant. Les écoles jouent également un rôle important dans la transmission d’habitudes saines grâce à des cours sur l’hygiène, l’exercice physique et le bien-être mental (HSE, s.d.).

La santé des enfants est généralement bonne en Irlande et le niveau de bien-être infantile est l’un des plus élevé de l’UE. Cependant, des inégalités persistent entre les familles ayant un niveau de revenus différent ou vivant dans des zones rurales. Certains enfants doivent en effet attendre un certain temps avant de pouvoir bénéficier de soins spécialisés, et les problèmes de santé mentale chez les jeunes constituent une préoccupation croissante. L’obésité infantile et la consommation d’alcool chez les mineurs ont également un impact sur la santé générale (Staines et al., 2016).

Afin d’améliorer la coordination des services, le gouvernement a créé en 2011 le Département des affaires de l’enfance et de la jeunesse, chargé d’harmoniser les politiques en matière de santé, d’éducation et de protection de l’enfance. Il a également mis en place des programmes nationaux visant à favoriser le bien-être physique et mental des enfants grâce à des actions de prévention précoce, des programmes de proximités et une coopération entre les différents ministères (Staines et al., 2016) 

Droit à l’identité

Pendant une grande partie du XXe siècle, l’Irlande n’a pas protégé le droit des enfants à l’identité. Les mères célibataires étaient souvent envoyées dans des foyers pour mères et bébés, des institutions gérées principalement par l’Église catholique et financés par l’État. De nombreuses femmes ont été séparées de leurs bébés et des milliers d’enfants ont été adoptés sans le consentement de leur mère (Donahue, 2023).

Des actes de naissance ont été falsifiés ou dissimulés, empêchant ainsi de nombreuses personnes de découvrir leur identité ou leurs origines. La Commission d’enquête sur les foyers pour mères et bébés a ensuite découvert que plus de 56 000 femmes et 57 000 enfants avaient vécu dans ces foyers, révélant ainsi de graves violations des droits humains (ODAIT, 2020). En réponse, le gouvernement a promulgué en 2022 une loi concernant les informations de naissance et la recherche des origines « Birth Information and Tracing Act », qui garantit aux personnes adoptées un accès intégral à leurs certificats de naissance et à leurs dossiers personnels (IHREC, 2022).

Aujourd’hui, l’Irlande reconnaît le droit de chaque enfant à une identité légale dès sa naissance. Si les parents sont mariés, le père est automatiquement reconnu par la loi ; sinon, les deux partenaires doivent être présents lors de l’enregistrement afin d’inscrire le nom du père. Les enfants adoptés sont inscrits dans le registre des enfants adoptés, qui établit un lien entre leur nouvelle famille légale et leur acte de naissance d’origine (Child Identity Protection, 2022).

Cependant, certains enfants en Irlande risquent toujours d’être apatrides, car ils n’ont aucune nationalité reconnue. Cela peut concerner les enfants de migrants, de réfugiés ou de familles issues de communautés apatrides. Bien que l’Irlande autorise les apatrides à demander des documents de voyage et que certains enfants nés dans le pays peuvent obtenir la citoyenneté, il n’existe toujours pas de dispositif officiel permettant d’identifier ou de protéger les enfants apatrides (Child Identity Protection, 2022).

Facteurs de risque –> Défis spécifiques au pays

Maltraitance infantile

L’Irlande continue d’être confrontée aux conséquences des abus commis sur les enfants dans les écoles et institutions religieuses. Une enquête gouvernementale menée en 2024 a recensé 2 395 accusations d’abus sexuels impliquant 884 agresseurs présumés dans plus de 300 écoles gérées par des ordres catholiques entre 1927 et 2013. Les victimes ont déclaré avoir été violées, battues et humiliées dans « une atmosphère de terreur et de silence », souvent par des prêtres et des enseignants pourtant censés les protéger (Reuters, 2024).

L’une des premières à briser le silence fut Christine Buckley, qui avait passé son enfance à l’orphelinat Goldenbridge, géré par les Sœurs de la Miséricorde. Elle se souvient avoir été battue, brûlée et traitée « comme un numéro, et non comme une enfant ». Elle a eu le courage de s’exprimer publiquement dans les années 1990, ce qui a permis de dévoiler des décennies de maltraitance passées sous silence et a mené à la création, en 1999, de la Commission d’enquête sur la maltraitance des enfants (CRIN, 2020).

A la suite des conclusions relatives aux cas de maltraitance infantile perpétrés dans des foyers, le gouvernement irlandais a créé le « Residential Institutions Redress Board » (RIRB). Cette commission était chargée d’indemniser financièrement les personnes ayant subi des abus physiques, sexuels ou psychologiques dans des institutions gérées par l’Église. En 2014, plus de 15 000 victimes avaient reçu des indemnités d’un montant moyen de 62 250 euros, pour un coût total de 1,5 milliard d’euros (CRIN, 2020).

Le gouvernement a également créé « Caranua », un fonds public destiné à aider les anciennes victimes à accéder au logement, à l’éducation et aux soins de santé. Alors que les congrégations religieuses étaient censées financer le fonds à hauteur de 128 millions d’euros, essentiellement sous forme de biens immobiliers, leur contribution a été bien inférieure aux objectifs convenus. Ce manquement a suscité des critiques de la part du public et reste une question en suspens concernant l’approche de l’Irlande en matière de dédommagement et de réparations (CRIN, 2020).

Violence

Le harcèlement scolaire reste un sujet de préoccupation majeur en Irlande, car il touche les jeunes à l’école et en dehors. Selon l’UNICEF, près de la moitié des adolescents irlandais (environ 44%) déclarent avoir subi des violences de la part de leurs camarades, qu’il s’agisse d’intimidation, de moqueries ou de bagarres. Environ 28% des élèves âgés de 13 à 15 ans ont déclaré avoir été victimes de harcèlement à l’école, tandis que 27% ont été impliqués dans une bagarre physique (McMahon, 2018).

Plusieurs événements tragiques ont mis en évidence les dommages durables que peut provoquer la cruauté entre adolescents. En 2012, Erin Gallagher, âgée de treize ans, s’est donné la mort après avoir été victime de harcèlement persistant. Sa mort a attiré l’attention nationale sur l’impact du cyberharcèlement et a conduit à un regain d’efforts pour renforcer les politiques de luttes anti-harcèlement dans les écoles irlandaises (Maguire, 2016).

En 2018, un autre cas dramatique a profondément choqué l’Irlande : le meurtre d’Ana Kriégel âgée de seulement quatorze ans. Ana a été attirée hors de chez elle par deux garçons de treize ans et emmenée dans une maison abandonnée, où elle a été battue et agressée sexuellement avant d’être tuée. Les garçons sont devenus les plus jeunes personnes de l’histoire irlandaise à être condamnées pour meurtre (Carroll, 2019).

À la suite de ces drames, l’Irlande a commencé à prendre beaucoup plus au sérieux le problème du harcèlement entre adolescents. Le gouvernement et ses différents ministères ont mis en place de nouveaux services, des programmes de formation et des lois pour prévenir rapidement ces violences et mieux protéger les enfants. Le Health Service Executive (HSE) et la HIQA considèrent désormais le harcèlement comme un véritable problème de protection de l’enfance (Probation Service, 2024).

Leur étude nationale réalisée en 2024 recommandait la mise en place de règles claires concernant la définition d’un acte de maltraitance, une meilleure formation du personnel et un suivi cohérent dans les écoles, les centres d’accueil et les services à la jeunesse. Ainsi, si un enfant en blesse un autre, cet incident doit être consigné et traité de manière appropriée, et ne doit pas être considéré comme « une simple bagarre » (Probation Service, 2024).

Pauvreté infantile

Malgré une forte croissance économique, de nombreux enfants en Irlande vivent encore dans la pauvreté ou dans des logements précaires. En 2024, 15,3% des enfants (188 605 enfants) étaient exposés au risque de pauvreté, ce qui représente le pourcentage le plus élevé de tous les groupes d’âge (Children’s Right Alliance, 2025).

Par ailleurs, 8,5% des enfants (soit 104 780 enfants) ont connu une pauvreté prolongée en 2024, contre 4,8% en 2023. En mai 2025, on dénombrait plus de 4 775 enfants vivant dans des logements précaires avec leur famille (Conneely, 2025).

Les problèmes de logement peuvent avoir de graves répercussions sur le développement des enfants, notamment des retards d’apprentissage, des difficultés comportementales, ainsi qu’une augmentation des niveaux d’anxiété et de dépression. Cependant, des relations familiales favorables, une implication scolaire et l’accès à des aides adaptées peuvent contribuer à réduire ces effets négatifs (D’Sa et al., 2020).

Malgré la mise en place de programmes gouvernementaux tels que « Housing for All » (Logement pour tous) et le Bureau du programme contre la pauvreté infantile et pour le bien-être, lancé en 2023 pour réduire de moitié la pauvreté infantile d’ici 2030, les associations de défense des droits alertent sur la lenteur des progrès et le peu de poids accordé à la voix des enfants dans les politiques de logement (Ombudsman for Children’s Office, 2025).

Discrimination

En Irlande, les enfants roms sont confrontés à de multiples difficultés liées à la pauvreté, au mal-logement et à la discrimination. De nombreuses familles roms ne peuvent pas bénéficier de l’aide sociale car elles ne remplissent pas les conditions de résidence habituelles, qui exigent une preuve d’emploi et de résidence de longue durée. En conséquence, certaines familles ne disposent pas des ressources nécessaires pour subvenir à des besoins essentiels tels que l’alimentation, le chauffage, ou le loyer (Pavee Point Traveller and Roma Centre, 2012).

Un logement insalubre et un accès limité à l’eau potable ou au chauffage peuvent entraîner des problèmes de santé et retarder le développement des enfants. Le recours aux soins de santé est souvent difficile, car certaines familles ne disposent pas de couverture médicale ou sont confrontées à des barrières linguistiques, d’autres évitent simplement de recourir aux services par peur ou par méfiance (Pavee Point Traveller and Roma Centre, 2012).

Les enfants roms rencontrent également souvent des obstacles dans le domaine de l’éducation. Beaucoup ne vont pas à l’école en raison de la pauvreté, des déménagements fréquents ou de la discrimination, et certaines filles abandonnent prématurément leurs études pour se marier. Ces difficultés sont aggravées par les préjugés et la marginalisation, qui empêchent les familles de demander de l’aide (Pavee Point Traveller and Roma Centre, 2012).

Face à ces défis, le gouvernement irlandais a réaffirmé son engagement à soutenir les familles roms. Un rapport publié en 2025 par le ministre Roderic O’Gorman, et basé sur le recensement de 2022, a révélé des progrès en matière de santé et d’éducation, mais aussi la persistance des inégalités en matière d’emploi et d’inclusion. Ce rapport s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale pour l’inclusion des gens du voyage et des Roms II, visant à promouvoir l’égalité et l’amélioration de l’accès aux divers services (ministère de l’Enfance, du Handicap et de l’Égalité, 2025).

Enfants handicapés

En Irlande, les enfants handicapés ont droit à une aide qui leur permet de s’épanouir pleinement. Le « Health Service Executive » (HSE) propose une évaluation des besoins « Assessment of Need » (AON) pour les enfants présentant un handicap afin de déterminer leurs besoins en matière de santé et d’éducation puis recommande les services de soutiens appropriés. (Coleman Legal LLP, n.d.).

En vertu de la loi de 2005 sur le handicap (Disability Act 2005), le HSE doit commencer l’évaluation dans les trois mois suivant la réception d’une demande et la finaliser dans les six mois. Cependant, de nombreuses familles sont confrontées à de longs délais. À la fin de l’année 2024, plus de 14 200 enfants attendaient toujours leur bilan, pour la plupart au-delà du délai légal (Coleman Legal LLP, n.d.).

Les tribunaux ont confirmé que les procédures ne pouvaient être refusées ou retardées en raison d’un manque de personnel ou de financement, et que les enfants avaient droit à des diagnostics complets lorsque cela était nécessaire. Malgré ces garanties, le retard accumulé reste une préoccupation majeure et pourrait constituer une atteinte aux obligations de l’Irlande au regard de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant et de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (Coleman Legal LLP, s.d.).

En 2024, Inclusion Ireland a signalé que près de la moitié des enfants ayant besoin de soutien pédagogique supplémentaire étaient négligés par le système éducatif. Sur les 492 parents interrogés, seuls 14% ont déclaré que leur enfant s’épanouissait à l’école. Quant aux autres enfants, 6% avaient des horaires réduits, 4% ne fréquentaient pas l’école en raison d’un manque de soutien scolaire et 22% ne bénéficiaient pas de l’accompagnement nécessaire (Inclusion Ireland, 2024).

La même année, le Conseil national pour l’éducation spécialisée (NCSE) a publié un document intitulé « Une éducation inclusive pour une société inclusive », présentant les grandes lignes d’une transition progressive vers un système éducatif pleinement inclusif en Irlande. Ce plan s’inspire de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées et préconise un renforcement du soutien psychologique et thérapeutique, une meilleure formation des enseignants et un meilleur accompagnement des écoles (NCSE, 2024).

Enfants et addictions

En 2016, l’alcool était responsable d’environ 16% des décès chez les 15-19 ans et de 23% chez les 20-24 ans en Europe, ce qui en fait l’une des substances les plus mortelles pour les jeunes. En Irlande, la tendance est la même. Après une baisse constante entre le milieu des années 2000 et le milieu des années 2010, la consommation d’alcool chez les jeunes a recommencé à augmenter (HRB, 2025).

Les données nationales révèlent que parmi les 15-24 ans, la proportion de ceux qui consomment de l’alcool est passée d’environ deux tiers en 2018 à trois quarts en 2024. Plus inquiétant encore, lorsque les jeunes commencent à boire, ils ont tendance à consommer de façon excessive : environ 64% des jeunes buveurs s’adonnent régulièrement à des soûleries et un sur trois présente les symptômes d’un trouble lié à la consommation d’alcool (HRB, 2025).

Autre étude, celle de Planet Youth 2020, réalisée dans l’ouest de l’Irlande auprès de 4 473 élèves âgés de 15 à 16 ans, a mis en évidence des moyens efficaces pour prévenir la consommation d’alcool chez les adolescents. Les jeunes, surveillés de près par des parents clairement opposés à la consommation d’alcool, étaient beaucoup moins enclins à boire de façon excessive alors que ceux pouvant se procurer de l’alcool facilement dans le milieu familial étaient presque deux fois plus susceptibles de le faire (Kelly et al., 2023).

Cette étude a également mis en évidence que le fait de pouvoir se procurer de l’alcool auprès d’amis ou d’autres adultes multipliait le risque de consommation excessive d’alcool et que le facteur social jouait un rôle déterminant. En effet, les adolescents dont les amis consommaient de l’alcool avaient près de cinq fois plus de risques de consommer de l’alcool de manière excessive que ceux dont les amis n’en consommaient pas. (Kelly et al., 2023).

La santé mentale, le tabagisme et la consommation de cannabis étant également des facteurs de risque importants, une action de prévention efficace devrait être menée pour lutter contre ces différents problèmes étroitement liés. Les auteurs soulignent également que des mesures concertées au niveau social et gouvernemental, telles que l’application de la loi de 2018 sur la santé publique (alcool), restent essentielles pour retarder la consommation d’alcool, en limiter l’accès aux jeunes et protéger les adolescents contre les méfaits qui y sont liés (Kelly et al., 2023).

Détention des mineurs

Le système judiciaire irlandais pour mineurs repose sur le principe selon lequel la détention ne doit être utilisée qu’en dernier recours. La loi de 2001 sur les enfants interdit l’emprisonnement des personnes âgées de moins de 18 ans, et prévoit le placement des enfants dans des centres de détention pour mineurs plutôt que dans des prisons pour adultes, une mesure pleinement mise en œuvre en 2017. Ces centres mettent l’accent sur la réinsertion et l’aide à la réintégration des jeunes dans la société (IPRT, s.d.).

Une avancée majeure a été réalisée en 2017, lorsque l’Irlande a mis fin à la pratique consistant à envoyer les mineurs de moins de 18 ans dans des prisons pour adultes. Tous les enfants condamnés par les tribunaux sont désormais détenus au centre de détention pour enfants d’Oberstown (l’établissement national pour les jeunes délinquants). Oberstown fonctionne selon un modèle de prise en charge basé sur la justice restaurative. Il propose des programmes visant à aider les jeunes à comprendre l’impact de leurs actes et à se préparer à la vie après leur libération (Oberstown Children Detention Campus, 2018).

Cependant, des inspections récentes dans le centre ont souligné des difficultés persistantes. L’Autorité chargée de l’information et de la qualité dans le domaine de la santé (HIQA) a constaté que, bien qu’Oberstown offre un environnement sûr et structuré, l’établissement est confronté à des problèmes de pénurie de personnel et à un recours excessif à des méthodes disciplinaires restrictives telles que l’isolement (IPRT, 2024).

Dans un rapport publié en 2024, « l’Irish Penal Reform Trust » (IPRT) a alerté sur le fait que la détention n’était pas toujours utilisée en dernier recours, comme l’exige pourtant la loi. L’organisation a également fait remarquer que les jeunes étaient parfois isolés pour des incidents mineurs, tels que des insultes ou le refus de prendre un traitement, elle a donc appelé à des garanties plus solides et à des procédures plus claires (IPRT, 2024).

Rédigé par Lidija Misic

Traduit par Françoise Carpentier

Relu par Ania Beznia

Dernière mise à jour le 9 novembre 2025

Bibliographie :

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[1] Cet article ne prétend en aucun cas donner un compte rendu complet ou représentatif des droits des enfants en Irlande ; en effet, l’un des nombreux défis à relever est le manque d’informations actualisées sur les enfants en Irlande, dont la plupart sont peu fiables, non représentatives, obsolètes ou tout simplement inexistantes.