Enfants du Kosovo

Concrétiser les droits de l’enfant au Kosovo

Au Kosovo, de nombreux enfants ne peuvent toujours pas jouir pleinement de leurs droits fondamentaux. Bien que la législation reflète les normes internationales, sa mise en œuvre insuffisante et la limitation des ressources laissent de nombreux enfants en situation de vulnérabilité, notamment chez les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens, mais aussi parmi les enfants handicapés ou ceux vivant dans la pauvreté. Des inégalités subsistent également en matière d’accès à l’éducation et aux soins pour les minorités ethniques et les enfants handicapés. La préscolarisation des tout-petits reste faible alors que la violence et le travail des enfants posent toujours des problèmes. Bien que le pays ait accompli certains progrès, des efforts importants restent nécessaires pour garantir une protection égale à tous les enfants.

Population: 1,8 million
Pop. âgée de 0 à 14 ans: 27 %

Espérance de vie: 76 ans
Taux de mortalité des moins de 5 ans: 10 ‰

Bref aperçu du Kosovo

Le Kosovo, officiellement la République du Kosovo, est un pays enclavé situé dans l’ouest des Balkans. Bien qu’ayant proclamé son indépendance de la Serbie en 2008, il ne voit son statut étatique reconnu que par quelques nations. Le pays est frontalier du Monténégro à l’ouest, de l’Albanie au sud­ouest, de la Macédoine du Nord au sud-est et de la Serbie au nord et à l’est. La capitale, Pristina, en est le centre politique, culturel et économique.

La population est majoritairement d’origine albanaise bien que le pays abrite également une communauté serbe et d’autres minorités. Ses langues officielles sont l’albanais et le serbe. Portée par de solides traditions dans les domaines de la musique, de l’art et de l’hospitalité, la culture kosovare est le reflet d’influences illyriennes, byzantines, ottomanes et yougoslaves.

Le Kosovo est une république parlementaire, avec un président en tant que chef d’État et un premier ministre à la tête du gouvernement. Ses institutions se sont développées après le conflit de 1999, sous l’égide de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo. Bien que reconnu par une centaine d’États membres de l’ONU, le pays n’est pas membre de l’organisation en raison de l’opposition de la Serbie, de la Russie, de la Chine et d’autres pays.

Après des décennies de tensions ethniques et la guerre du Kosovo de 1998-1999, le pays a été placé sous administration de l’ONU avant de déclarer unilatéralement son indépendance le 17 février 2008. De nombreuses nations reconnaissent sa souveraineté contrairement à d’autres comme la Serbie et plusieurs États membres de l’UE. Le statut international du Kosovo n’est donc que partiellement reconnu.

État des droits de l’enfant [1]

L’approche du Kosovo concernant les droits de l’enfant renvoie à sa reconstruction après le conflit et aux réformes institutionnelles en cours. N’étant pas membre de l’ONU, le Kosovo ne figure pas parmi les États parties à la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) ou à la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH). Ses institutions ont néanmoins choisi d’intégrer ces instruments dans la Constitution et dans les principales lois nationales.

La législation kosovare suit largement les principes de la CDE et s’appuie sur des aspirations à une meilleure intégration au sein des institutions européennes et à une promotion soutenue à l’international. La CDE est intégrée à l’article 50 de la Constitution du Kosovo.

La Stratégie nationale relative aux droits des personnes handicapées (SNDPH) en vigueur de 2013 à 2023 est actuellement en cours de révision. Une nouvelle SNDPH pour 2025-2030 et un plan d’action pour 2025-2027 sont en cours d’élaboration par le Bureau pour la bonne gouvernance afin de renforcer les droits et l’inclusion des personnes handicapées, y compris des enfants et de leurs familles (Leung & Nagavci, 2025).

Le Kosovo a aligné ses lois fondamentales relatives aux enfants sur la CDE et les instruments européens pertinents en matière de droits humains. La loi n° 06/L-084 sur la protection de l’enfance, adoptée en 2019 et entrée en vigueur en 2020, codifie la plupart des droits civils, politiques, sociaux et économiques des enfants de moins de 18 ans, fournissant ainsi une base légale solide pour la protection de l’enfance.

Les normes européennes en matière de droits humains, notamment la Convention européenne des droits de l’homme et les instruments du Conseil de l’Europe au service de la protection des enfants, font office de guides auprès des tribunaux et des autorités publiques, bien que le Kosovo ne soit pas encore membre du Conseil de l’Europe. Souvent, en dépit de ces mesures, les enfants issus de communautés minoritaires, habitant dans des zones rurales ou défavorisées ou étant sans papiers ne bénéficient pas d’une protection efficace.

La Stratégie du Conseil de l’Europe pour les droits de l’enfant (2022-2027) élève l’utilisation sans risque des technologies et la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants en ligne au rang de priorités. Le Kosovo cherche à aligner ses politiques sur ces objectifs et collabore avec des partenaires européens et internationaux afin de renforcer la protection des enfants dans les environnements numériques.

Répondre aux besoins des enfants

Droit à l’éducation

Le Kosovo garantit un enseignement gratuit et obligatoire pour les enfants âgés de 6 à 15 ans et un enseignement pré-primaire doit être dispensé aux enfants de 5 ans en vertu de la loi sur l’enseignement préuniversitaire. Le système éducatif kosovar comprend l’enseignement préscolaire (de 0 à 5 ans), l’enseignement pré-primaire (à 5 ans), l’enseignement primaire (de la première à la cinquième année soit de 6 à 10 ans), l’enseignement secondaire de premier cycle (de la sixième à la neuvième année soit de 11 à 14/15 ans) et l’enseignement secondaire de second cycle (de la dixième à la douzième année soit de 15 à 18 ans).

En juillet 2023, l’Assemblée a adopté une loi élaborée avec le soutien de l’ONU, rendant obligatoire la fréquentation de l’enseignement pré-primaire pour tous les enfants de 5 ans à compter de l’année scolaire 2024/2025 (Qamili, 2024). Si le taux d’inscription en primaire est élevé (97,4 %), la participation reste faible chez les tout-petits et dans le secondaire. En 2023/2024, seuls 8,9 % des enfants de moins de cinq ans suivaient l’enseignement préscolaire et le taux d’inscription dans le secondaire restait très bas dans les zones marginalisées et rurales.

Actuellement, les taux d’échec dans le cadre de l’enseignement de base peuvent atteindre 25 % dans certaines régions (Gazzi, sans date ; Lumezi, 2025). Le Kosovo affiche également un taux de participation préscolaire plus bas que celui de tous les pays voisins. Seuls 15 % des enfants âgés de 3 à 4 ans sont inscrits en préscolaire et ces élèves sont généralement issus des foyers plus aisés (KOMF Kosova, 2024a).

De nombreux jeunes enfants ne suivent pas un enseignement préscolaire formel et sont souvent gardés à la maison. Parmi les enfants âgés de 2 à 4 ans, un sur trois seulement bénéficie d’une stimulation précoce par le biais des histoires, de la lecture ou des jeux (KOMF Kosova, 2024a). Les services de développement de la petite enfance sont parcellaires et essentiellement thérapeutiques ou préventifs. La coordination entre les secteurs de l’éducation, de la santé et de la protection sociale est limitée. C’est la raison pour laquelle les familles doivent souvent s’adresser à plusieurs institutions pour être aidées.

Droit à la santé

Le système de santé au Kosovo demeure inégal et insuffisamment doté en ressources. En 2022, seuls 45 % des médicaments essentiels étaient disponibles dans les établissements de premiers soins et de graves pénuries ont eu une incidence sur les prématurés et les enfants atteints de maladies rares (KOMF Kosova, 2024a). Les services de prévention et de lutte contre la toxicomanie sont largement inaccessibles et les services de rééducation et d’évaluation de l’invalidité se concentrent dans les zones urbaines laissant peu d’options aux familles rurales (Leung & Nagavci, 2025). La mortalité infantile et juvénile reste élevée et supérieure aux moyennes de l’UE, à 14,4 décès pour 1 000 naissances en vie en 2022. Elle est principalement due à la prématurité, aux maladies congénitales et aux infections (KOMF Kosova, 2024a).

Les enfants des communautés rurales et marginalisées ont également une couverture vaccinale plus faible et un accès réduit aux soins préventifs et aux services de réadaptation. Des campagnes de vaccination porte-à-porte ont ainsi été mises en place pour résoudre le problème des faibles taux d’immunisation infantile chez les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens (cabinet du Premier ministre, 2024). La consommation de drogues est également en hausse et l’âge moyen de l’initiation est tombé à 16 ans. L’exposition au tabac, aux narguilés, aux cigarettes électroniques et aux boissons énergisantes est très répandue, ce qui illustre la faiblesse de la réglementation et de son application (KOMF Kosova, 2024a).

Les structures d’accueil de la petite enfance suscitent également des inquiétudes quant à la santé et à la sécurité. Les crèches publiques sont trop peu nombreuses et manquent souvent d’espace, de ressources et de personnel qualifié. Les cas de négligence et de maltraitance physique rapportés, parfois sans qu’aucune responsabilité ne soit engagée, ont sapé la confiance vis-à-vis du système. Certaines familles optent alors pour des crèches privées coûteuses ou gardent leurs enfants à la maison, ce qui freine leur socialisation et leur développement (Bami, 2025).

Droit à l’identité

Au Kosovo, les enfants ont droit à un nom et une nationalité. Ils ont également le droit d’être protégés contre la violence, l’exploitation et la maltraitance. L’enregistrement de la naissance constitue une garantie juridique et des mesures de sauvegarde existent pour prévenir l’apatridie infantile. De nombreux enfants issus de communautés minoritaires rencontrent des difficultés liées à des procédures administratives, à des déplacements passés ou à la perte de documents relatifs à leurs parents (Réseau européen sur l’apatridie [European Network on Statelessness, ENS], s.d.).

Le non-enregistrement d’une naissance est courant, notamment chez les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens. En l’absence d’acte de naissance, les enfants ne peuvent faire valoir aucun autre droit, que ce soit à l’éducation, à la santé ou à l’aide sociale. Les réformes de l’état civil ont globalement amélioré l’inscription au registre, mais les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens continuent d’être plus durement touchés que les autres communautés.

Le risque d’apatridie persiste pour les enfants nés de parents sans papiers, déplacés ou sans domicile fixe les laissant sans statut juridique dans aucun pays (Réseau européen sur l’apatridie [European Network on Statelessness, ENS], s.d.). Les enfants d’origine serbe rencontrent des difficultés supplémentaires en l’absence de reconnaissance mutuelle systématique des documents d’état civil par la Serbie et le Kosovo. Ce contexte crée un blocage administratif et limite l’accès aux papiers d’identité, aux services publics et à l’engagement social (Kosovo Online, 2025).

En 2020, le Kosovo a mis en place une procédure de reconnaissance de l’apatridie assortie de mesures de sauvegarde pour prévenir l’apatridie infantile qui s’appliquent notamment aux mineurs non accompagnés, aux enfants adoptés, aux enfants nés à l’étranger de parents kosovars et aux enfants de nationalité indéterminée (Réseau européen sur l’apatridie [European Network on Statelessness, ENS], s.d.).

En 2025, de nouvelles politiques ont été adoptées afin de permettre aux enfants disposant d’un acte de naissance délivré par la Serbie de s’inscrire officiellement au registre d’état civil au Kosovo. Bien qu’il s’agisse d’une avancée positive, le processus d’enregistrement en cours est assorti d’une limitation de durée (mission des Nations Unies au Kosovo, 2025).

Droit à la protection

Le Kosovo a mis en place un cadre légal conforme aux normes internationales pour veiller sur les enfants. La loi n° 06/L-084 sur la protection de l’enfance (2020) fournit une base légale visant à prévenir et traiter les atteintes aux droits de l’enfant. Elle impose également la création d’équipes pluridisciplinaires intégrées au niveau municipal pour gérer les affaires de protection de l’enfance.

Malgré ce cadre légal, la traite et le travail forcé sont toujours des risques encourus par les enfants, et le système de protection manque de ressources (KOMF Kosova, 2024a). Les cas de maltraitance sont souvent non signalés en raison des normes sociales et d’une faible confiance dans les institutions. Souvent, la formation des policiers, procureurs et travailleurs sociaux municipaux n’est pas suffisamment axée sur l’enfant pour traiter les cas complexes de maltraitance. Les services intégrés pour les victimes sont rares et le système de placement en famille d’accueil ne parvient pas souvent à fournir une protection adéquate (UNICEF, 2022).

Facteurs de risque : les défis propres au pays

Travail des enfants

Au Kosovo, les données fiables sur le travail des enfants sont rares en raison de la nature largement informelle des activités. Selon une enquête réalisée en 2019-2020, 9 % des enfants de 5 à 14 ans exerçaient une forme de travail et nombre d’entre eux allaient à l’école tout en travaillant en parallèle de 7 à 14 ans (département du Travail des États-Unis, 2024a). La mendicité forcée, le travail dans la rue et la vente de petits objets sont les formes d’activité les plus visibles, mais d’autres enfants sont chargés de travaux dangereux dans l’agriculture, le ramassage des déchets, la construction et l’exploitation minière. La détresse économique et l’aide sociale limitée poussent souvent les familles à compter sur les revenus de leurs enfants.

Les enfants issus de foyers économiquement vulnérables et de communautés minoritaires, notamment les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens, courent le risque de devoir travailler et d’être soumis à d’autres formes d’exploitation économique. Les enfants non scolarisés, par exemple en raison de l’absence de documents officiels, sont particulièrement vulnérables au travail des enfants.  

Le Kosovo a mis en place un cadre juridique, notamment le Plan d’action pour les droits de l’enfant (2021-2025), qui interdit le travail infantile et oriente la politique en la matière. De récents amendements législatifs visent à protéger les enfants des travaux dangereux, tels que les activités en discothèques et autres milieux à haut risque. Cependant, leur application reste faible et de nombreux enfants continuent de travailler dans des conditions précaires (département du Travail des États-Unis, 2024a).

Traite des enfants

À la fois pays d’origine, de transit et de destination, le Kosovo est également touché par la traite des enfants. Ceux nés au sein de familles économiquement défavorisées sont particulièrement vulnérables et le trafic implique souvent des mouvements transfrontaliers qui les exposent au travail forcé ou à l’exploitation sexuelle à des fins commerciales (département du Travail des États-Unis, 2024b ; département d’État des États-Unis, 2024). Les filles sont touchées de manière disproportionnée. Un rapport publié par le département d’État des États-Unis en 2022 a révélé que la plupart des victimes identifiées étaient des enfants originaires du Kosovo ou de l’Albanie voisine (département d’État des États-Unis, 2025).

Contrairement au travail infantile classique, la traite implique coercition, menaces ou duperie et les enfants n’ont que peu voire pas de contrôle sur leur situation. La formation des autorités, en particulier des premiers intervenants, à l’identification des enfants victimes de la traite, contraints à la mendicité forcée ou exploités sexuellement est souvent insuffisante. En conséquence, certaines victimes sont traitées à tort comme des délinquants ou expulsées et ne reçoivent ni protection ni soutien (département du Travail des États-Unis, 2024b).

Maltraitance des enfants

Au Kosovo, la violence est toujours considérée comme une forme de discipline. Bien que la loi sur la protection de l’enfance impose des programmes de sensibilisation et de parentalité positive, aucune directive officielle n’a été publiée pour appliquer ces mesures. L’aide à la parentalité fait largement défaut hormis dans le cadre d’initiatives limitées mises en place par la société civile (KOMF Kosova, 2024b).

L’intimidation verbale, dont relèvent les insultes et les moqueries, est la forme d’agression la plus courante chez les adolescents. Les garçons sont plus souvent partie prenante dans l’intimidation physique, la cyberattaque, le partage d’images non autorisées, les remarques inappropriées à connotation sexuelle et la dégradation de biens, ce qui fait écho aux normes de genre associant l’agressivité à la masculinité. L’intimidation indirecte, telle que l’exclusion sociale, ne présente pas de différence notables entre les garçons et les filles. La victimisation prédispose considérablement à la peur d’être harcelé tandis que le genre, l’âge ou encore la fréquence du harcèlement exercent une influence minime (Millaku et al., 2025).

Une étude réalisée par l’UNICEF en 2020 a révélé qu’environ 72 % des enfants de 1 à 14 ans ont été soumis à une forme de discipline incluant la violence, notamment des châtiments corporels pour 30 % d’entre eux et des agressions psychologiques pour beaucoup d’autres (UNICEF, 2021a). La violence au sein du foyer et la violence disciplinaire restent socialement tolérées malgré leurs effets néfastes à long terme. Le manque d’infrastructures et de services de prévention contribue au passage sous silence et laisse les victimes sans soutien (UNICEF, 2022).

Le harcèlement scolaire constitue également un problème majeur. La maltraitance physique et psychologique (notamment les coups, la consommation de drogues, le recours aux armes et le racket) est courante. Les agressions sexuelles sont particulièrement préoccupantes : un professeur de sport a été suspendu pour harcèlement mais réintégré ultérieurement sur décision du tribunal. Début 2023, six cas de harcèlement sexuel ont été signalés dans des écoles, mais un seul a été officiellement enregistré auprès du ministère de l’Éducation. Les experts soulignent que la violence domestique favorise l’agressivité à l’école tandis que la faiblesse des réponses institutionnelles et les défaillances du système judiciaire laissent les enfants sans protection (Bami, 2023).

Maltraitance infantile en ligne

Au Kosovo, où plus de 90 % des jeunes ont accès à Internet, un sur trois a déclaré avoir été victime de cyberharcèlement et, parmi eux, près d’un sur deux a déjà manqué l’école pour cette raison (UNICEF, 2024a). Pour s’attaquer au problème, l’UNICEF Kosovo a lancé une campagne en ligne axée sur la prévention du cyberharcèlement en partenariat avec l’UE et le cabinet du Premier ministre en octobre 2024. Les enfants ont apporté leur contribution aux vidéos de la campagne qui ont été visionnées plus de 350 000 fois et ont participé à des débats scolaires sur la sécurité en ligne. L’initiative inclut également des séances en direct avec des psychologues et des activités scolaires visant à promouvoir des interactions en ligne plus sûres et plus positives (UNICEF, 2024a).

La police kosovare a signalé plusieurs cas impliquant des enfants publiant en ligne des contenus liés à l’automutilation et au suicide. Les autorités soulignent l’importance d’un environnement virtuel plus sûr et encouragent les parents à surveiller les activités de leurs enfants sur Internet et à discuter ouvertement des risques en ligne (IndeksOnline, 2025).

Pauvreté

Au Kosovo, environ 22 à 23 % des enfants vivent dans la pauvreté, dont 7 % d’entre eux dans l’extrême pauvreté. Parmi les plus touchés figurent les enfants des Roms, des Ashkalis et des Égyptiens, les enfants handicapés et ceux issus de foyers ruraux (KOMF Kosova, 2024c). La pauvreté infantile est étroitement liée au chômage des parents, aux familles monoparentales, au faible niveau de formation et à l’exclusion fondée sur le genre, les minorités et les populations rurales étant touchées plus durement que les autres groupes (UNICEF, 2021b).

Environ un enfant sur quatre ne bénéficie pas de conditions de vie décentes, d’une alimentation adéquate et d’un accès aux services de base (Eurochild, 2025a). De nombreux enfants, en particulier ceux issus de groupes minoritaires ou touchés par un handicap, ont un accès limité à l’éducation, aux soins et à l’aide sociale en raison de l’absence de documents légaux, de problèmes liés à la migration, de difficultés linguistiques et de discrimination. L’instabilité économique, le taux de chômage élevé chez les jeunes et les bas salaires des familles actives accentuent encore la pauvreté des ménages (KOMF Kosova, 2024a).

Les dépenses publiques consacrées à la protection sociale restent bien inférieures à la moyenne européenne et le caractère parcellaire ainsi que le manque de ressources des services sociaux les freinent dans leur progression vers les plus vulnérables (The Borgen Project, 2023 ; UNICEF, 2021c). La pauvreté pousse les enfants à travailler et les contraint à s’impliquer dans la rue en exerçant une activité ou en mendiant, ce qui réduit leur fréquentation scolaire et leurs opportunités de formation. Parmi les enfants vivant dans la rue, 88 % citent la pauvreté comme principale raison de leur situation et seul un sur quatre va à l’école (UNICEF, 2024b).

La précarité du logement est également extrême chez les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens. Chez les Roms, au moins trois enfants sur quatre ne vivent pas dans un logement adéquat. Ces communautés connaissent une extrême pauvreté, bénéficient d’un accès limité aux services de base et comptent sur de faibles revenus familiaux. Elles dépendent souvent de l’aide humanitaire pour couvrir leurs besoins essentiels (Eurochild, 2025b ; ReliefWeb, 2024).

Enfants handicapés

Au Kosovo, les enfants handicapés sont souvent victimes de stigmatisation et sont exclus de la vie communautaire (UNICEF, 2023). De nombreux bâtiments scolaires sont physiquement inaccessibles et les supports pédagogiques adaptés sont rares (Belegu Caka, 2025 ; KOMF Kosova, 2024d). En conséquence, le nombre d’enfants handicapés scolarisés dans des écoles ordinaires est faible. Beaucoup sont inscrits dans des écoles spécialisées ou purement et simplement exclus du système scolaire (Belegu Caka, 2025).

Les services d’assistance sont également limités et parcellaires. Le dépistage précoce et l’intervention rapide sont souvent inaccessibles en cas de retards de développement, ce qui entraîne des diagnostics tardifs et une réduction de l’efficacité des interventions ultérieures. Le ministère de l’Éducation s’est engagé à embaucher davantage d’auxiliaires pédagogiques, mais les effectifs actuels restent insuffisants pour répondre aux besoins de tous les enfants handicapés (KOMF Kosova, 2024d).

Le diagnostic est posé et les soins spécialisés sont dispensés principalement à Pristina. Les familles vivant dans d’autres régions doivent parcourir de longues distances et sont souvent confrontées à une pénurie de dispositifs d’aide (Leung & Nagavci, 2025). La législation récente sur le soutien matériel aux enfants atteints d’un handicap permanent n’aide qu’un petit nombre d’enfants et à des niveaux insuffisants (KOMF Kosova, 2024d). En outre, les filles handicapées sont aussi plus exposées à la violence, ont un accès limité aux services de santé sexuelle et reproductive et sont écartées des opportunités de formation et d’emploi (Leung & Nagavci, 2025).

Enfants des minorités

Les enfants issus de groupes ethniques marginalisés au Kosovo, notamment les Roms, les Ashkalis, les Égyptiens et certaines communautés serbes, rencontrent des difficultés liées à l’éducation, à la santé ou aux services sociaux (Ahmeti, 2022 ; The Borgen Project, 2023). Ces enfants sont plus durement touchés par la pauvreté et vivent souvent dans des conditions précaires avec un accès limité à l’eau potable, aux installations sanitaires et aux ressources de base. Beaucoup sont contraints de travailler ou de mendier pour subvenir aux besoins de leur famille.

La discrimination ethnique et la marginalisation sociale limitent encore plus leurs opportunités et leur bien-être. Les enfants issus des minorités présentent des taux de mortalité plus élevés, des résultats scolaires plus faibles et une exclusion persistante malgré des garanties légales et des quotas d’emploi réservés aux minorités. La faible application des mesures en faveur de l’égalité, l’abus des quotas et le manque de données ventilées font que les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens sont souvent écartés des opportunités économiques et sociales, les institutions publiques favorisant d’autres groupes ou des candidats issus de la majorité (Zeqiri, 2025).

Les enfants serbes sont également touchés par l’insécurité et les tensions interethniques. Les incidents violents recensés suscitent la peur et ont entraîné une baisse du taux d’inscription scolaire dans certaines régions (KoSSev, 2024). Les écoles manquent aussi souvent de ressources nécessaires pour proposer un enseignement inclusif y compris concernant le transport, les supports pédagogiques dans les langues minoritaires et le soutien adéquat aux enseignants. Les systèmes éducatifs parallèles destinés à certaines communautés, comme les Serbes, limitent encore plus les opportunités d’interaction et de compréhension interethniques (Grazzi, sans date).

Les filles issues des communautés marginalisées sont également défavorisées. Les mariages précoces sont très répandus et plus de 85 % de ces unions ne sont pas enregistrées, laissant les filles sans aucune protection juridique (Zeqiri, 2025). Cette absence de reconnaissance légale entraîne souvent un échec scolaire, un accès limité au marché de l’emploi et une dépendance accrue, les décisions étant généralement contrôlées par les pères ou les familles. Chez les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens, seules 31 % des filles terminent l’enseignement secondaire de second cycle, un chiffre bien inférieur à la moyenne nationale (IndeksOnline, 2022).

Écrit par Or Salama

Traduit par Élodie Bonard

Relu par Aditi Partha

Dernière mise à jour le 30 décembre 2025

Références :

Ahmeti, G. (4 avril 2022) : Poverty within Kosovo’s minority communities forces children out of school. Article paru dans Prishtina Insight et disponible en anglais sur https://prishtinainsight.com/poverty-within-kosovos-minority-communities-forces-children-out-of-school-mag/ (consulté le 11 septembre 2025).

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[1] Cet article ne prétend en aucun cas donner un compte rendu complet ou représentatif des droits des enfants au Kosovo. En effet, l’un des nombreux défis est l’insuffisance d’informations actualisées sur les enfants kosovars, dont une grande partie est peu fiable, non représentative, obsolète ou tout simplement inexistante.