La réalisation des droits de l’enfant en Hongrie


En Hongrie, un cadre juridique protège les droits des enfants, mais il est rarement appliqué dans les faits. Les enfants roms sont souvent sujets à des discriminations et la pauvreté explique le grand nombre d’entre eux placés en institutions par l’État. L’accès limité à une éducation préscolaire de qualité et aux services d’accompagnement, couplé aux préjugés envers les enfants roms, LGBTIQ+ et les enfants réfugiés, restreint la réalisation de leurs droits. Les politiques censées protéger les enfants sont souvent critiquées pour ne pas s’attaquer aux causes profondes et pour restreindre leurs libertés.
Population : 9,4 millions
Population âgée de 0 à 14 ans : 14.5 %
Espérance de vie : 79,5 ans
Taux de mortalité en dessous de 5 ans : 4 ‰
La Hongrie en un coup d’œil
La Hongrie, un pays enclavé dans l’Europe centrale, partage ses frontières avec l’Autriche, la Slovaquie, l’Ukraine, la Roumanie, la Serbie, la Croatie et la Slovénie. C’est une république parlementaire unitaire avec comme capitale Budapest. Sur le plan administratif, la Hongrie est divisée en 19 comtés ainsi que sa ville capitale, Budapest, et des sous-divisions pour faciliter la gouvernance locale. Son système légal s’inscrit dans la tradition du droit civil.

Depuis son adhésion à l’Union européenne en 2004, la Hongrie s’est activement impliquée dans les affaires continentales, tout en restant membre d’autres organisations internationales majeures, dont les Nations Unies, le Conseil de l’Europe, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et l’Organisation du traité d’Atlantique Nord (OTAN). L’intégration européenne a façonné ses cadres juridiques, ses politiques économiques et son approche des droits sociaux, particulièrement dans des domaines qui concernent les enfants, l’éducation et la protection sociale.
Le statut des droits de l’enfant [1]
La Hongrie a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) en 1991 et elle a adhéré à ses protocoles facultatifs concernant l’implication des enfants dans les conflits armés (2003) et la vente d’enfants ,la prostitution d’enfants et la pornographie mettant en scène des enfants (2003). La mise en œuvre de la CIDE forme les fondations des lois et politiques de protection de l’enfance en Hongrie. Le pays a également ratifié en 2008 la Convention relative aux droits des personnes handicapées, qui prévoit des protections spécifiques pour les enfants en situation de handicap.
Le cadre national du pays pour les droits des enfants repose principalement sur la loi sur la protection de l’enfance et des décrets supplémentaires du gouvernement. Malgré ces protections juridiques, des organisations de la société civile et des organisations internationales ont exprimé des préoccupations quant à l’effectivité de leur application.
Elles soulignent notamment des lacunes dans la protection des enfants contre les abus, la négligence et l’exploitation et des difficultés persistantes à assurer le droit à l’éducation particulièrement pour les enfants roms. Par ailleurs, les défis liés à la pauvreté, à l’accès inégal aux services sociaux et à l’exclusion des groupes marginalisés restent non résolus.
Des organisations de la société civile et internationale, comme les Nations unies et le Conseil de l’Europe, ont soulevé des préoccupations concernant les récentes réformes légales et les politiques qui restreignent le rôle des organisations de défense des droits des enfants dans le débat public. Elles note aussi que l’accent du gouvernement sur les structures familiales traditionnelles risque de laisser de côté les enfants les plus vulnérables.
Enfin ces organisations soulignent le peu d’opportunités offertes aux enfants pour participer aux décisions qui les touchent et appellent à la mise en place d’un système de protection de l’enfance qui soit plus inclusif et qui disposeraient de ressources adéquates.
Les besoins des enfants
Le droit à l’éducation
L’éducation en Hongrie est obligatoire à partir de trois ans, âge auquel les enfants doivent commencer la maternelle, et ce, jusqu’à la fin de l’école secondaire ou jusqu’à 16 ans, selon la première de ces deux échéances. La plupart des enfants sont inscrits dans des établissements publics, bien que le nombre de maternelles gérées par l’Église ait augmenté constamment (Eurydice, 2025 a ; Eurydice, 2025 b).
Malgré ce cadre général, l’accès à l’éducation précoce est inégal. Les financements nationaux et de l’Union européenne ont permis d’augmenter le nombre de places en crèche et en maternelle. Mais l’offre reste inégale spécialement dans les régions rurales et moins développées. Les familles issues de minorités, les enfants à besoins spécifiques et ceux issus de milieux défavorisés ou avec le statut d’étranger, rencontrent souvent des obstacles supplémentaires, qu’il s’agisse de la rareté des places disponibles ou de leur coût. (Eurydice, 2025 a).
Des inégalités structurelles persistent aussi dans l’ensemble du système scolaire. Les autorités ont fermé des écoles gérées par l’Église évangélique méthodiste, qui accueillait principalement des enfants défavorisés, malgré des décisions de justice contre ces fermetures (Human Right Watch, 2025). Les enfants roms sont encore fréquemment victimes de ségrégation, orientés vers des classes séparées ou des établissements souvent basés sur leurs résultats scolaires ou de leurs besoins éducatifs spécifiques. Parallèlement, l’augmentation du nombre d’écoles religieuses a attiré beaucoup d’enfants qui ne sont pas Roms au détriment des établissements publics. (Faludy, 2025).
Les conditions dans les écoles publiques se détériorent aussi. Environ 40 % rapportent des pénuries d’enseignants qualifiés, tandis que les bas salaires contribuent à un taux de turnover élevé. Les écoles sous-financées dépendent parfois de personnel non qualifié pour encadrer les classes, ce qui nuit à la qualité de l’éducation. Le soutien aux enfants avec des besoins éducatifs spécifiques est insuffisant, d’autant que les lignes directrices existantes ne sont plus contraignantes.
Entretemps, les écoles religieuses bénéficient de financements plus importants et de la possibilité de sélectionner les étudiants les plus performants, laissant les enfants socialement et économiquement défavorisés concentrés dans les écoles publiques. Même les universités qui résistent aux réformes gouvernementales subissent des discriminations en matière de financement (Faludy, 2025).
Le gouvernement a introduit des stratégies pour lutter contre les inégalités. La Stratégie nationale pour la jeunesse (2009-2024) et la Stratégie nationale pour l’inclusion sociale à l’horizon 2030 visent la pauvreté infantile, l’exclusion sociale, et l’accès à l’éducation pour les enfants roms et autres groupes vulnérables. Un soutien supplémentaire est fourni aux enfants en situation de handicap, à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage, et aux enfants exceptionnellement doués ou à ceux ayant des besoins médicaux au long terme, à travers des institutions spécialisées et des écoles inclusives (Commission européenne, 2025 a).
Les résultats du Programme pour l’évaluation internationale des étudiants (PISA) en 2022 révèlent que les étudiants de milieux défavorisés accusent toujours un retard par rapport à leurs camarades. Des programmes comme la formation des enseignants, les services communautaires scolaires et l’initiative « salle de classe intelligente » cherchent à promouvoir l’inclusion et réduire la fracture numérique, en fournissant aux étudiants les compétences et ressources dont ils ont besoin pour leur future insertion professionnelle.
Bien que la fréquentation des écoles maternelles et de l’enseignement secondaire se soit améliorée, les enfants roms et désavantagés restent confrontés à des problèmes de décrochage scolaire précoce, de ségrégation et de mobilité limitée. D’autres programmes, comme l’augmentation de places en maternelle, le programme Tanoda et les collèges à vocation professionnelle pour les Roms, vont dans le bon sens, mais il subsiste encore des inégalités profondes. (European Commission 2025 b).
Le droit à la protection
Ces dernières années la Hongrie a transféré de nombreux enfants des structures d’accueil institutionnel vers des familles d’accueil. Cependant, il y a encore une pénurie de familles d’accueil pour les enfants à besoins spécifiques (Eurochild, 2024 ; Hungarian Central Statistical Office, n.d).
En plus les jeunes LGBTIQ+ continuent d’être socialement et juridiquement désavantagés, ce qui affecte leur bien-être et leur accès aux opportunités. Bien que la loi CXXV de 2003 sur l’égalité de traitement et la promotion d’opportunités égales reconnaisse l’orientation sexuelle et l’identité comme des caractéristiques protégées, aucune stratégie particulière n’existe pour réduire les préjugés envers les jeunes LGBTIQ+. En conséquence, ils sont plus exposés à la discrimination et là ’exclusion sociale, ce qui limite leur capacité à participer entièrement à la vie en société et de disposer des mêmes droits que leurs pairs hétérosexuels, notamment en matière de vie familiale et d’adoption (European Commission e, 2025 b).
Le droit à la santé
La pandémie de COVID-19 a considérablement touché la santé, le bien-être et le développement social des adolescents hongrois. Entre 2018 et 2022, les signalements de problèmes de santé multiples se sont accrus, surtout parmi les jeunes âgés de 11 à 15 ans, les jeunes de 13 ans étant particulièrement affectés. Les jeunes filles ont connu une hausse plus prononcée que les garçons : le pourcentage de filles avec plusieurs troubles de santé est passé de 37,1 % à 62,2 %, contre une augmentation de 28,7 % à 39,4 % chez les garçons. Les adolescents ont aussi rapporté une baisse de leur taux de satisfaction de vie imputable à la pandémie et aux mesures associées, comme les fermetures d’écoles et l’isolement social (World Health Organization, 2023).
Le droit à la liberté

Les enfants hongrois jouissent du droit à la liberté d’expression, d’association et d’affirmation de leur identité, garanti à la fois par la législation nationale et les conventions internationales. Cependant, des changements législatifs récents, notamment les amendements à la loi sur la protection de l’enfance et à celle sur l’éducation, ont introduit des restrictions sur les discussions relatives aux orientations sexuelles et aux identités de genre dans les écoles et les médias publics. Ces changements effectivement réduisent la liberté d’expression des enfants et leur accès à une éducation inclusive. Ils ont été vivement critiqués par les organisations des droits des enfants et les instances internationales pour le non-respect des engagements de la Hongrie en matière de droits des enfants (De Groot, 2025).
Les enfants roms font face à des défis supplémentaires. Ils font souvent l’expérience de discriminations et sont fréquemment placés dans des écoles séparées. Selon des rapports et des décisions judiciaires, beaucoup d’enfants roms sont plus souvent ôtés de leurs familles et placés dans des foyers pour jeunes que les autres enfants. La ségrégation scolaire et la discrimination institutionnelle continuent d’entraver leurs droits à la liberté et à une participation égale dans la société. Les enfants roms et ceux vivant dans des institutions voient parfois leur liberté restreinte en raison de discriminations, de ségrégation ou de règles institutionnelles limitant leur expression personnelle et leur autonomie (European Roma Rights Centre, 2025 a).
Facteurs de risques → Les défis spécifiques au pays
La maltraitance des enfants
Un problème majeur pour les droits des enfants en Hongrie est l’échec à protéger les enfants des abus sexuels dans les institutions dirigées par l’État. Un scandale récent a révélé que des enfants placés dans ces structures ont été abusés pendant plusieurs années, tandis que les autorités ont échoué à prévenir ou à traiter efficacement ces violations.
Le directeur d’une de ces institutions a été condamné à une peine de prison pour avoir abusé d’au moins dix enfants et son adjoint, qui a essayé de réduire au silence les victimes et de dissimuler les crimes, a été pardonné plus tard par la présidente Katalin Novak. Ce pardon a déclenché l’indignation générale et entraîné la démission de la présidente et du ministre de la Justice, mettant en lumière les graves défaillances du système de protection de l’enfance en Hongrie (AP news, 2024; Askew, 2024).
Les critiques soutiennent que les politiques du gouvernement ont contribué à créer un environnement dangereux pour les enfants. En particulier la confusion entre l’homosexualité et la pédophilie, et la restriction des droits pour les minorités sexuelles ont été dénoncées pour avoir alimenté la stigmatisation et permis que des abus restent impunis, compromettant ainsi la sécurité et le bien-être des enfants (AP news, 2024).
Le travail des enfants
L’emploi des jeunes en Hongrie est resté assez stable ces dernières années, mais les opportunités dépendent souvent de facteurs comme l’éducation, l’âge, et les origines sociales. Pour la jeunesse rom, l’accès au travail est particulièrement difficile. Beaucoup se heurtent à des obstacles liés à un faible niveau de scolarisation et au fait de vivre dans des régions défavorisées. Par conséquent, en 2022, la population de Roms âgés de 15 à 24 ans qui ne sont ni en formation ni en emploi ni en stage était d’environ 42 % comparée à juste 8 % pour la population générale (European Commission, 2025 b).
La pauvreté des enfants
La pauvreté et les conditions de vie pauvres sont encore des facteurs majeurs dans les séparations familiales et le placement des enfants en institutions. Les familles confrontées à des difficultés socio-économiques – bas revenus, familles monoparentales ou logement inadéquat – sont souvent jugées plus durement par les autorités de protection de l’enfance. Le retrait de l’enfant est trop souvent vu comme la première solution plutôt qu’en dernier recours.
Les communautés marginalisées sont particulièrement touchées, car les désavantages structurels et l’accès limité aux services d’accompagnementrendent plus difficile pour ces familles de répondre aux attentes des autorités. Cette approche peut renforcer les stéréotypes préjudiciables, présentant les parents en situation de pauvreté comme négligents ou irresponsables, et perpétue ainsi les cycles de précarité (Girardini, 2025).
En 2024, plus de 1 million d’enfants hongrois ont reçu une forme d’allocation familiale, ce qui reflète des besoins sociaux persistants. Ainsi, même avec une légère hausse du PIB (0,5 %) en 2024, les gains du pouvoir d’achat des ménages restent inégaux, et beaucoup de familles – particulièrement les plus vulnérables – ont encore des difficultés à accéder aux services sociaux (Hungarian Central Statistical Office, n.d).
L’incertitude économique, l’inflation élevée et un accès insuffisant aux soins de santé, à l’éducation et à la garde d’enfants créent des obstacles pour les familles souhaitant avoir des enfants. Les politiques familiales du gouvernement, comme les prêts, les aides au logement et les exonérations d’impôt sont souvent sélectives, liées à l’emploi ou disponibles seulement dans certaines régions, laissant beaucoup de personnes exclues.
Par conséquent, de moins en moins de personnes choisissent d’avoir des enfants, ce qui contribue au déclin démographique (Rutai, 2024). Cette tendance présente des risques indirects pour les droits des enfants à un niveau de vie décent, l’accès à des soins de santé de qualité, à l’éducation et à des opportunités de développement.
La discrimination
La Cour européenne des droits de l’homme a à plusieurs reprises condamné la Hongrie pour avoir ôté des enfants roms de leurs familles sans raison valable, citant souvent la pauvreté ou les stéréotypes ethniques plutôt que de réels cas de négligences ou d’abus. En juin 2025, la Cour a considéré que les autorités avaient illégalement séparé une mère rom de son fils nouveau-né. Les enfants roms sont donc bien plus susceptibles de se retrouver dans des foyers institutionnels à cause de difficultés économiques et de discrimination. Bien qu’ils ne représentent qu’environ 13 % de la population des enfants en Hongrie, ils constituent 58 % de ceux placés en établissement public (European Roma Rights Centre, 2025 a).

Ces inégalités sont visibles aussi dans la vie quotidienne. Dans le quartier de Büdi à Tiszavasvari, les enfants roms doivent souvent parcourir jusqu’à sept kilomètres pour aller à l’école, parfois par un temps difficile, faute d’un manque de transports. Cette situation alourdit leur charge et entrave l’égalité d’accès à l’éducation (Centre européen des Droits des Roms, 2025 b). La ségrégation scolaire limite encore plus leurs chances, démontrant l’incapacité de la Hongrie à résoudre ces disparités de façon (Human Right Watch, 2025).
La discrimination affecte aussi la jeunesse LGBTIQ+. En mars 2025, le parlement a promulgué une loi autorisant l’interdiction des marches des fiertés et d’autres évènements LGBTIQ+. La police, par la suite, a interdit des manifestations de fierté, en vertu de cette loi, et les tribunaux ont validé ces décisions, instaurant une interdiction de facto.
Cette mesure inscrite dans la continuité d’une loi de 2021 qui restreint les représentations publiques de l’homosexualité, de la transition de genre, ou de la diversité de genre, est justifiée par le gouvernement sous le prétexte de la protection des enfants. Les critiques soutiennent que cette loi vise injustement et stigmatise les personnes LGBTIQ+, suscitant des protestations massives.
En pratique, cette loi prive les enfants LGBTIQ+ de visibilité et crée un environnement hostile dans lequel leurs identités sont niées. Au lieu de protéger les jeunes, elle envoie le message que les enfants LGBTIQ+ ou faisant partie de familles arc-en-ciel sont moins légitimes, violant ainsi les principes de base d’égalité et de non-discrimination (De Groot, 2025 ; Spike 2025).
Cette loi limite aussi l’accès aux livres, aux films et aux matériaux culturels qui incluent des thèmes LGBTIQ+ et restreint l’éducation sexuelle à des intervenants approuvés par le gouvernement. Depuis son adoption, les livres dont les thèmes sont LGBTIQ+ ont été retirés des rayons ou doivent être vendus sous emballage neutre, privant les enfants d’une source fiable d’information sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Les critiques soulignent que ces restrictions exposent les jeunes à des risques accrus (Gomez, 2025). La loi a été critiquée pour son amalgame fallacieux entre homosexualité et pédophilie, ce qui stigmatise encore plus la jeunesse LGBTIQ+ (O’Sullivan, 2024).
La jeunesse LGBTIQ+
Les enfants LGBTIQ+ et ceux élevés au sein de familles diverses font partie de groupes minoritaires dont les droits et les identités sont protégés par le droit international. En interdisant les marches des fiertés et autres évènements célébrant la diversité des identités de genre et des orientations sexuelles, la Hongrie efface leur visibilité et limite leur participation à la vie sociale. Ces restrictions accentuent leur isolement et réduit les opportunités pour ces enfants de se voir reflété positivement dans la société. Loin de protéger leur bien-être, les lois de la Hongrie favorisent l’exclusion et la marginalisation, privant les enfants LGBTIQ+ de reconnaissance et sapant leur droit à l’identité et à un sentiment d’appartenance (De Groot, 2025).
Les enfants réfugiés et migrants
Beaucoup d’enfants réfugiés – particulièrement les Roms de Transcarpathie en Ukraine – se sont retrouvés sans abris après qu’un décret gouvernemental ait mis fin à l’aide destinée aux personnes provenant de régions qui ne sont pas considérées comme « zones de guerre ».

Cette décision a laissé des milliers de personnes sans-abris, affectant directement la sécurité, la santé et le bien-être des enfants. À la frontière hongroise avec la Serbie, les enfants demandeurs d’asile ont été victimes de refoulements illégaux et de détentions dans des conditions difficiles. Entre janvier et août 2024, le nombre de retours forcés a diminué à la suite de changements dans la législation serbe, mais les pratiques antérieures comprenaient des refoulements violents et des détentions dans des zones de transit où les enfants manquaient de nourriture, d’abri et de protection.
Les tribunaux ont de façon répétée estimé que la Hongrie était en violation du droit international pour de telles pratiques. La Cour européenne des droits de l’homme a statué en 2017 et 2019 que le pays avait illégalement détenu et mal nourri des demandeurs d’asile, dont une enfant de cinq ans (Human Right Watch, 2025). Ces cas montrent à quel point les politiques de l’asile sont restrictives et les pratiques aux frontières menacent le droit des enfants réfugiés et migrants à la protection, à la sécurité et à un environnement stable.
Les droits des filles
Le gouvernement de la Hongrie sous Victor Orban promeut des politiques pronatalistes et des valeurs familiales traditionnelles, ce qui affecte directement les filles. Dans le même temps, la hausse de la participation des femmes dans l’éducation supérieure pourrait impacter le taux de natalité du pays. Comme plus de femmes vont à l’université, elles pourraient être moins susceptibles de se marier et d’avoir des enfants (BBC, 2022). Ces messages renforcent les attentes sociales selon lesquelles les filles devraient prioriser la famille et la maternité sur l’éducation ou l’engagement professionnel.
Les droits reproductifs pour les filles sont aussi restreints. Bien que l’avortement soit légalement autorisé jusqu’à 12 semaines, la procédure inclut des séances de conseil obligatoires, qualifiées de dégradantes par les critiques et conçue pour promouvoir un programme pro-vie. L’accès à la contraception et au planning familial est tout aussi limité, restreignant les services disponibles de santé reproductive.
Ces politiques s’inscrivent dans une stratégie gouvernementale plus large qui vise à encourager les naissances parmi les Hongrois de souche, renforçant les rôles traditionnels de genre au sein des systèmes éducatif et de santé, et influençant l’environnement dans lequel les filles grandissent et prennent les décisions concernant leur vie (Population Matters, 2025).
Les enfants en situation de handicap
En l’absence de soutien communautaire adéquat, beaucoup d’enfants en situation de handicap sont placés en institutions et les parents souvent se sentent obligés d’y recourir, faute d’une aide étatique suffisante. L’accès à une éducation de qualité et inclusive leur est fréquemment refusé, alors que le système de tutelle restreint la capacité des enfants à prendre des décisions et participer pleinement à la vie sociale.
Le Comité des Nations unies sur le droit des personnes handicapées a demandé de façon répétée à la Hongrie de mettre fin à ces pratiques discriminatoires, d’abolir le régime de tutelle et d’investir dans des services qui permettent aux enfants de vivre dans la communauté, dans l’égalité et l’autonomie. Cependant les progrès restent lents : le gouvernement continue de financer des instructions ségrégatives plutôt que de garantir aux enfants en situation de handicap une vie digne et un accès au soutien nécessaire (Validity Foundation, n.d).
Les enfants en famille d’accueil
En 2024, presque 70 000 enfants en Hongrie étaient recensés comme étant en situation de risque, dont 31fami 000 parmi eux ont été pris en charge par la protection de l’enfance – le chiffre le plus élevé dans la dernière décennie (Hungarian Central Statistical Office., n.d). Bien que le système évolue clairement vers le placement en famille d’accueil, impliquant de plus en plus d’organisations religieuses, le nombre d’enfants en attente d’adoption reste élevé : plus de 2 000 enfants attendaient une famille en 2024, alors que seulement 1 291 ont été confiés à des parents adoptifs cette même année (Hungarian Central Statistical Office, n.d).
Par ailleurs, une tendance se dessine en faveur du placement en famille d’accueil plutôt qu’en institution. En 2021, par exemple, 14 866 enfants vivaient en famille d’accueil, contre 6 175 en institution. Le système fait également face à une pénurie de personnel qualifié, et le soutien en santé mentale est insuffisant, laissant beaucoup d’enfants sans l’aide dont ils ont besoin (Eurochild, 2024).
Ecrit par Or Salama
Traduit par Louisa Petit Bricard
Relu par J-Christophe Brunet
Dernière mise à jour le 23 septembre 2025
Bibliographie:
AP News. (2024, April 26). Orbán challenger leads protest calling for child protection after sexual abuse scandal in Hungary. Retrieved from AP News at https://apnews.com/article/orban-challenger-stages-protest-hungary-f9fbdeff70db1060d87c0ce87c8e7ba2, accessed on August 17, 2025.
Askew, J. (2024, February 10). Hungary’s president resigns over child sexual abuse scandal. Retrieved from Euronews at https://www.euronews.com/2024/02/10/hungarys-president-resigns-over-child-sexual-abuse-scandal, accessed on August 17, 2025.
BBC. (2022, August 26). Hungarians warning education becoming ‘too feminine’- report. Retrieved from BBC at https://www.bbc.com/news/world-europe-62686894, accessed on September 21, 2025.
De Groot, D. (2025, April 3). Hungary’s ban on Pride. Retrieved from Epthinktank at https://epthinktank.eu/2025/04/03/hungarys-ban-on-pride/, accessed on August 17, 2025.
Eurochild. (2024). The Hungarian Child Guarantee National Action Plan: concerns raised about its feasibility. Retrieved from Eurochild at https://eurochild.org/uploads/2024/01/The-Hungarian-Child-Guarantee-National-Action-Plan.pdf, accessed on August 17, 2025.
European Commission. (2025a, April 6). Social inclusion through education and training. Youth Wiki: Hungary. Retrieved from the European Commission at https://national-policies.eacea.ec.europa.eu/youthwiki/chapters/hungary/66-social-inclusion-through-education-and-training, accessed on August 17, 2025.
European Commission. (2025b, April 6). General context. Youth Wiki: Hungary. Retrieved from the European Commission at https://national-policies.eacea.ec.europa.eu/youthwiki/chapters/hungary/41-general-context, accessed on August 17, 2025.
European Roma Rights Centre. (2025a, June 12). European Court condemns Hungary for removal of Romani child from family. Retrieved from European Roma Rights Centre at https://www.errc.org/press-releases/european-court-condemns-hungary-for-removal-of-romani-child-from-family, accessed on August 17, 2025.
European Roma Rights Centre. (2025b, May 19). Ombudsperson confirms rights violations of Romani children in Tiszavasvári, Hungary. Retrieved from European Roma Rights Centre at https://www.errc.org/press-releases/ombudsperson-confirms-rights-violations-of-romani-children-in-tiszavasvari-hungary, accessed on August 17, 2025.
Eurydice. (2025a. April 10). Access: Hungary. Retrieved from Eurydice at https://eurydice.eacea.ec.europa.eu/eurypedia/hungary/access, accessed on August 17, 2025.
Eurydice. (2025b, March 20). Overview: Hungary. Retrieved from Eurydice at https://eurydice.eacea.ec.europa.eu/eurypedia/hungary/overview, accessed on August 17, 2025.
Faludy, A. (2025, March 21). UN expert on right to education criticises ‘desperate’ conditions in Hungary’s schools. Retrieved from Balkan Insight at https://balkaninsight.com/2025/03/21/un-expert-on-right-to-education-criticises-desperate-conditions-in-hungarys-schools/, accessed on August 17, 2025.
Girardini, S. (2025, August 13). B.T. and B.K.Cs v. Hungary: Child removal and stereotyped Romani motherhood, but no discrimination. Retrieved from Strasbourg Observers at https://strasbourgobservers.com/2025/08/13/b-t-and-b-k-cs-v-hungary-child-removal-and-stereotyped-romani-motherhood-but-no-discrimination/, accessed on August 17, 2025.
Gomez, J. (2025, February 26). Child protection or censorship? The legal battle between the Court of Justice of the EU and Hungary. Retrieved from Euronews at https://www.euronews.com/my-europe/2025/02/26/child-protection-or-censorship-the-legal-battle-between-the-court-of-justice-of-the-eu-and, accessed on August 17, 2025.
Human Rights Watch. (2025). World Report 2025: Hungary. Retrieved from Human Rights Watch at https://www.hrw.org/world-report/2025/country-chapters/hungary, accessed on August 17, 2025.
Hungarian Central Statistical Office. (n.d.). Social care protection. Retrieved from Hungarian Central Statistical Office at https://www.ksh.hu/social-care-protection, accessed on August 17, 2025.
O’Sullivan, D. (2024, November 18). Controversial Hungarian law criticised as anti-LGBT to appear before EU Court of Justice. Retrieved from Euronews at https://www.euronews.com/2024/11/18/controversial-hungarian-law-criticised-as-anti-lgbt-to-appear-before-eu-court-of-justice, accessed on August 17, 2025.
Population Matters. (2025, January 17). Viktor Orbán’s Hungary: The erosion of reproductive rights. Retrieved from Population Matters at https://populationmatters.org/news/2025/01/viktor-orbans-hungary-the-erosion-of-reproductive-rights/, accessed on August 17, 2025.
Rutai, L. (2024, October 8). Why So Many Hungarians Are Staying Childfree. Retrieved from Radio Free Europe/Radio Liberty at https://www.rferl.org/a/children-hungary-child-free-movement/33146567.html, accessed on August 17, 2025.
Spike, J. (2025, March 18). Hungary passes anti-LBGTQ+ law banning Pride events. Retrieved from PBS News at https://www.pbs.org/newshour/world/hungary-passes-anti-lgbtq-law-banning-pride-events, accessed on August 17, 2025.
Validity Foundation. (n.d.). Hungary remains responsible for “grave and systematic violations” of disability rights. Retrieved from Validity Foundation at https://validity.ngo/hungary-remains-responsible-for-grave-and-systematic-violations-of-disability-rights/, accessed on August 17, 2025.
World Health Organization. (2023, June 27). Pandemic adversely affected the relationships and health of Hungarian adolescents, new data show. Retrieved from WHO at https://www.who.int/europe/news/item/27-06-2023-pandemic-adversely-affected-the-relationships-and-health-of-hungarian-adolescents–new-data-show, accessed on August 17, 2025.
[1] Cet article ne prétend en aucun cas donner un compte rendu complet ou représentatif des droits des enfants en Hongrie ; en effet, l’un des nombreux défis est le manque d’informations actualisées sur les enfants hongrois : une grande partie est peu fiable, non représentative, obsolète ou tout simplement inexistante.

